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![]() Tiré du roman éponyme de 1936 de Josephine Tey (en anglais, a shilling for candles), le film jeune et innocent du réalisateur britannique Alfred Hitchcock diffère cependant énormément de l'ouvrage de référence. En effet, tandis que le roman a pour héros l'inspecteur Alan Grant, celui-ci est tout simplement absent du film. De même pour l'assassin, qui passe du premier plan dans le roman à une simple scène dans le film du maître (tout en changeant d'identité). Le cinéaste, ainsi que ses scénaristes, ont préférés se centrer sur la fuite du héros Robert Tisdall (Derrick De Marney), aidé en cela par la fille du policier le recherchant, Erica Burgoyle (Nova Pilbeam). Ce changement de perspective est typique du réalisateur, et ceci pour deux raisons: ![]() ![]() Pour en revenir au film Jeune et innocent, le film (et le suspense) marche bien mieux ainsi, que si l'auteur avait cherché à nous emmener dans une enquête policière, à la recherche du coupable. Encore une fois, savoir qui a tué l'actrice retrouvée morte noyé au début du film importe peu au réalisateur. ![]() Comme toujours avec Hitchcock, le suspens surgit lorsque l'on s'y attend le moins. Ainsi, l'un des scènes les mieux réussies de ce point de vue là n'est autre que la fête d'anniversaire chez la tante d'Erica, dont le rôle est tenu par l'actrice britannique Mary Clare (petit rôle mais grande présence à l'écran). Tombé dans un 'traquenard' familial, Erica tente de s'échapper de chez sa tante pour pouvoir continuer à aider Robert à prouver son innocence. Le suspens de la scène est double: Arriveront-ils à quitter la maison avant que la police n'arrive, et bien plus important, la tante reconnaitra-t-elle celui dont le visage est placardé partout? Le tout dans une ambiance festive, avec des enfants jouant à colin-maillard et ouvrant des cadeaux. Une grande maîtrise de son art de la part du réalisateur. S'ajoute à cela quelques expérimentations techniques, que le réalisateur réutilisera d'ailleurs souvent dans ses futurs films. L'exemple le plus flagrant reste le mouvement de grue commençant dans une salle, se déplaçant dans la salle de bal, survolant tous les invités, pour finir sur les musiciens, et plus précisément sur l'homme que l'on devine être le tueur dès sa première apparition, uniquement grâce au talent du metteur en scène. Ce plan, qui aura nécessité deux jours de préparation ainsi que la plus grande grue d'Angleterre, sera réutilisée par le maître quelques années plus tard dans les Enchainés. Pour en finir sur cette scène, et ceci afin de montrer le goût du détail du réalisateur, le morceau que joue le groupe se nomme drummer man; ce nom prend toute son importance lorsque l'on sait que toute cette séquence n'a qu'un seul but, nous montrer le visage de l'assassin. Ce dernier apparaît d'ailleurs grimé, se cachant derrière un masque, tout comme il cache son secret à la face du monde. Tout comme son maquillage partira d'un simple coup de mouchoir, son secret sera vite révélé. Lorsque la forme prend le dessus sur le fond chez Alfred Hitchcock, cela donne ce passage, le meilleur du film, et l'un des plus réussis de sa période anglaise. ![]() Typiquement Hitchcockien, ce film fait appel aux maquettes, l'homme ayant toujours adoré jouer avec les miniatures et les faux semblants, au risque de friser parfois le mauvais goût (la ruelle où vit la mère de Marnie dans Pas de printemps pour Marnie). Tout comme son cameo, l'utilisation de modèles réduits peut être vue comme la marque de fabrique du réalisateur. Tout comme son infinie précision en ce qui concerne les détails. Aussi bien côté décors (le summum ayant été atteint dans des films comme Psychose ou bien encore la maison du docteur Edwardes, que côté musique. A cette époque, Hitchcock ne connaissait pas encore le compositeur Bernard Herrmann, qui deviendra son fidèle compositeur à partir de 1955 (avec Mais qui a tué Harry ?), mais cela ne l'a pas empêché de prêter une attention toute particulière à la musique, qu'elle soit originale ou déjà existante (the drummer man). C'est d'ailleurs l'un des plus grandes forces du maître, avoir su utiliser la musique à un tel niveau de maîtrise. Si vous avez aimé Jeune et innocent, vous aimerez aussi:
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![]() Film mineur de la période anglaise du réalisateur, ce jeune et innocent, hélas mené par des acteurs principaux manquant cruellement de charisme (ce qui n'est pas le cas des seconds rôles, de Mary Clare, à Edward Rigby) ne manque pas de qualités, et se laisse voir sans ennui aucun. Le scénario sent malheureusement le réchauffé (il ressemble comme deux gouttes d'eau au film les 39 marches, réalisé à peine deux ans plus tôt), et le spectateur, même s'il ne s'ennuie pas, ne peut s'empêcher de se dire que le chef ne fait que nous présenter un plat préparé avec les ingrédients de la veille. Et pourtant... Tout ce qui fera du réalisateur ce qu'il deviendra bientôt est déjà là. Les fans du réalisateur se délecterons de retrouver tous les détails propres au cinéma Hitchcockien, les autres ne manqueront pas de remarquer à quel point l'homme avait déjà trouvé son style, et ce dès les années 30. Ne lui manquaient plus qu'un scénario d'exception (il en aura plusieurs par la suite) et des acteurs au niveau de ses ambitions (là aussi, l'avenir sera radieux). ![]() |