retour à la page d'accueil

Retour à la section dédiée au cinéma.



Jeune et innocent

Affiche du film

 


 

Titre original

Young and innocent

Synopsis

Une jeune femme est retrouvée étranglée sur une plage. Son ex-amant, tout de suite suspect, fuit la police pour prouver son innocence.
 

Genre

Policier

Année de production

1937

Angleterre

Date de sortie en France

inconnue

Réalisateur


Musique

Jack Beaver
 

Casting

Acteur
Photo
Rôle
Nova Pilbeam Erica Burgoyne
Derrick De Marney
Derrick De Marney Robert Tisdall
Percy Marmont Colonel Burgoyne
Edward Rigby
Edward Rigby Will
Mary Clare La tante d'Erica
Basil Radford L'oncle d'Erica
George Curzon Guy
John Longden
John Longden Kent
Frank Atkinson le pompiste
Alfred Hitchcock un photographe
Torin Thatcher le gardien de la maison de Nobby

 

Critique du Film

Note :
 
 
 
Jeune et innocent, d'Alfred Hitchcock (Nova Pilbeam et Derrick De Marney)

 
Présumé coupable

 
Tiré du roman éponyme de 1936 de Josephine Tey (en anglais, a shilling for candles), le film jeune et innocent du réalisateur britannique Alfred Hitchcock diffère cependant énormément de l'ouvrage de référence. En effet, tandis que le roman a pour héros l'inspecteur Alan Grant, celui-ci est tout simplement absent du film. De même pour l'assassin, qui passe du premier plan dans le roman à une simple scène dans le film du maître (tout en changeant d'identité). Le cinéaste, ainsi que ses scénaristes, ont préférés se centrer sur la fuite du héros Robert Tisdall (Derrick De Marney), aidé en cela par la fille du policier le recherchant, Erica Burgoyle (Nova Pilbeam). Ce changement de perspective est typique du réalisateur, et ceci pour deux raisons:
 Hitchcock a toujours aimé mettre en avant des couples de jeunes gens (avec de préférence une jeune fille blonde) face au danger, et cela tout aussi bien dans sa période britannique, dont jeune et innocent fait partie, que dans sa période américaine. Pratiquement tous ses films à suspens sont basés sur ce principe, des 39 marches, aux Enchainés, en passant par 4 de l'espionnage. Et bien d'autres encore....
 Deuxième point, le McGuffin! Sous ce nom barbare se cache l'un des spécialités d'Hitchcock: l'action au détriment du but. En effet, savoir qui est le coupable (et pourquoi) n'intéresse pas le réalisateur, seul la fuite de héros passionne l'auteur. Tout comme dans les 39 marches, film qui possède de très nombreux points communs avec ce jeune et innocent, où le secret est à peine divulgué, et surtout ne fait avancer en rien l'histoire, la découverte de l'assassin (qui se dévoile bien facilement) ne marque qu'une seule chose; la fin de la fuite du héros. La technique du McGuffin est très souvent utilisée dans le cinéma, en fait à chaque fois que le réalisateur s'intéresse plus à l'action qu'à ses implications. George Lucas, avec Star Wars épisode IV: un nouvel espoir a fait exactement la même chose (par contre, c'est un petit peu différent dans les autres épisodes de la saga). Un autre exemple du genre McGuffin, Les aventuriers de l'Arche Perdue (d'ailleurs scénarisé par George Lucas), où Indiana Jones cherche à retrouver la fameuse Arche d'Alliance, et doit pour y arriver passer par nombres d'aventures incroyables, tout cela pour quoi? Pour la ranger dans un hangar!
 
Pour en revenir au film Jeune et innocent, le film (et le suspense) marche bien mieux ainsi, que si l'auteur avait cherché à nous emmener dans une enquête policière, à la recherche du coupable. Encore une fois, savoir qui a tué l'actrice retrouvée morte noyé au début du film importe peu au réalisateur.
 
Jeune et innocent, d'Alfred Hitchcock (Derrick De Marney)

 
Comme toujours avec Hitchcock, le suspens surgit lorsque l'on s'y attend le moins. Ainsi, l'un des scènes les mieux réussies de ce point de vue là n'est autre que la fête d'anniversaire chez la tante d'Erica, dont le rôle est tenu par l'actrice britannique Mary Clare (petit rôle mais grande présence à l'écran). Tombé dans un 'traquenard' familial, Erica tente de s'échapper de chez sa tante pour pouvoir continuer à aider Robert à prouver son innocence. Le suspens de la scène est double: Arriveront-ils à quitter la maison avant que la police n'arrive, et bien plus important, la tante reconnaitra-t-elle celui dont le visage est placardé partout? Le tout dans une ambiance festive, avec des enfants jouant à colin-maillard et ouvrant des cadeaux. Une grande maîtrise de son art de la part du réalisateur.
S'ajoute à cela quelques expérimentations techniques, que le réalisateur réutilisera d'ailleurs souvent dans ses futurs films. L'exemple le plus flagrant reste le mouvement de grue commençant dans une salle, se déplaçant dans la salle de bal, survolant tous les invités, pour finir sur les musiciens, et plus précisément sur l'homme que l'on devine être le tueur dès sa première apparition, uniquement grâce au talent du metteur en scène. Ce plan, qui aura nécessité deux jours de préparation ainsi que la plus grande grue d'Angleterre, sera réutilisée par le maître quelques années plus tard dans les Enchainés. Pour en finir sur cette scène, et ceci afin de montrer le goût du détail du réalisateur, le morceau que joue le groupe se nomme drummer man; ce nom prend toute son importance lorsque l'on sait que toute cette séquence n'a qu'un seul but, nous montrer le visage de l'assassin. Ce dernier apparaît d'ailleurs grimé, se cachant derrière un masque, tout comme il cache son secret à la face du monde. Tout comme son maquillage partira d'un simple coup de mouchoir, son secret sera vite révélé. Lorsque la forme prend le dessus sur le fond chez Alfred Hitchcock, cela donne ce passage, le meilleur du film, et l'un des plus réussis de sa période anglaise.
 
Jeune et innocent, d'Alfred Hitchcock (Derrick De Marney)

 
Typiquement Hitchcockien, ce film fait appel aux maquettes, l'homme ayant toujours adoré jouer avec les miniatures et les faux semblants, au risque de friser parfois le mauvais goût (la ruelle où vit la mère de Marnie dans Pas de printemps pour Marnie). Tout comme son cameo, l'utilisation de modèles réduits peut être vue comme la marque de fabrique du réalisateur.
Tout comme son infinie précision en ce qui concerne les détails. Aussi bien côté décors (le summum ayant été atteint dans des films comme Psychose ou bien encore la maison du docteur Edwardes, que côté musique. A cette époque, Hitchcock ne connaissait pas encore le compositeur Bernard Herrmann, qui deviendra son fidèle compositeur à partir de 1955 (avec Mais qui a tué Harry ?), mais cela ne l'a pas empêché de prêter une attention toute particulière à la musique, qu'elle soit originale ou déjà existante (the drummer man). C'est d'ailleurs l'un des plus grandes forces du maître, avoir su utiliser la musique à un tel niveau de maîtrise.
 

 
Si vous avez aimé Jeune et innocent, vous aimerez aussi:
 
  Film Pourquoi
Jeune et innocent Jeune et innocent Le roman à l'origine du film
les enchainés Les enchainés Pour son climax où la caméra traverse toute la salle de bal jusqu'à se retrouver à quelques centimètres de l'assassin, un mouvement de caméra qui sera repris tel quel dans Les enchainés
 
 


 

Conclusion

Jeune et innocent, d'Alfred Hitchcock (clin d'oeil du maître)

 
Film mineur de la période anglaise du réalisateur, ce jeune et innocent, hélas mené par des acteurs principaux manquant cruellement de charisme (ce qui n'est pas le cas des seconds rôles, de Mary Clare, à Edward Rigby) ne manque pas de qualités, et se laisse voir sans ennui aucun.
Le scénario sent malheureusement le réchauffé (il ressemble comme deux gouttes d'eau au film les 39 marches, réalisé à peine deux ans plus tôt), et le spectateur, même s'il ne s'ennuie pas, ne peut s'empêcher de se dire que le chef ne fait que nous présenter un plat préparé avec les ingrédients de la veille.
Et pourtant...
Tout ce qui fera du réalisateur ce qu'il deviendra bientôt est déjà là. Les fans du réalisateur se délecterons de retrouver tous les détails propres au cinéma Hitchcockien, les autres ne manqueront pas de remarquer à quel point l'homme avait déjà trouvé son style, et ce dès les années 30. Ne lui manquaient plus qu'un scénario d'exception (il en aura plusieurs par la suite) et des acteurs au niveau de ses ambitions (là aussi, l'avenir sera radieux).
 
Jeune et innocent, d'Alfred Hitchcock)

 

 


 
retour à la page d'accueil