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Golden Globes |
catégorie |
Année | Nomination
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Meilleure actrice dans un second rôle | 1961 | Janet Leigh |
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Academy of Science Fiction, Fantasy & Horror Films |
catégorie |
Année | Gagnant
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Meilleur DVD (classique) | 2011 |
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Directors Guild of America |
catégorie |
Année | Gagnant
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meilleur réalisateur | 1961 | Alfred Hitchcock |
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Oscars |
catégorie |
Année | Nomination
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Meilleure actrice dans un second rôle | 1961 | Janet Leigh |
Meilleure direction artistique | 1961 | Joseph Hurley, Robert Clatworthy et George Milo |
Meilleure photographie | 1961 | John L. Russell |
Meilleur réalisateur | 1961 | Alfred Hitchcock |
![]() Les tueurs en série ont toujours passionné les gens. Intérêt morbide? Rappel de leur mortalité? De l'horreur du monde dans lequel nous vivons? Ou bien juste curiosité malsaine? Les raisons qui nous attirent tous vers ces monstres (hautement cinématographiques) sont nombreuses, et les films de qualité en tirant partie aussi (massacre à la tronçonneuse, le silence des agneaux, Se7en, mais aussi Monster, American Psycho, ou bien encore Zodiac, pour ne citer que quelques exemples marquants du genre). Mais rares sont ceux égalant le Psychose d'Alfred Hitchcock. Lorsque le cinéaste se lance dans la réalisation de Psychose, il est au sommet de sa gloire, sortant de tournages colossaux comme La mort aux trousses ou sueurs froides. Parallèlement à cela, le cinéaste travaille sur sa série télévisuelle, Alfred Hitchcock présente, et là aussi, connait un succès phénoménal. Le format T.V. (noir et blanc, petit budget) lui convient mieux. Il décide donc de tourner son prochain film en noir et blanc. D'autant plus qu'il se considère comme un réalisateur de série B, et qu'il tient à prouver que le cinéma dit B n'est pas un cinéma bas de gamme, à partir du moment où ce sont des gens talentueux qui y travaillent. Le fait de tourner en noir et blanc présentera aussi un autre avantage non négligeable, celui de pouvoir jouer avec la censure, et en particulier lors de la plus fameuse scène de douche de l'histoire du cinéma. Mais avant d'en arriver à filmer l'actrice Janet Leigh sous la douche un long chemin devait être parcouru, chemin qui commence avec la sortie en 1959 du roman Psychose, de Robert Bloch. Le succès en librairie est tel qu'Alfred Hitchcock rachète les droits de l'oeuvre et commence à travailler, au travers de son scénariste Joseph Stefano, à son adaptation. Ouvertement inspiré du véritable tueur en série Ed Gein (qui servira aussi de "modèle" à Tobe Hooper pour son massacre à la tronçonneuse), l'histoire de Robert Bloch met en scène un homme, petit, chauve, d'âge déjà avancé, nommé Norman Bates, atteint d'un dédoublement de la personnalité, et commettant des meurtres horribles dans son motel perdu, près d'une route où plus personne ne va. Le principal changement pour le film concernera l'apparence de Norman Bates, qui, en prenant les traits d'Anthony Perkins (qui obtiendra par la même le rôle de sa vie), se retrouvera transcendé. ![]() ![]() Le film commence par un vol, perpétré par une femme, Marion Crane, interprétée par Janet Leigh (tout comme le ferra Marnie quelques années plus tard dans Pas de printemps pour Marnie, avec Tippi Hedren). Marion, en volant cet argent, cherche à refaire sa vie, son amant, Sam Loomis (John Gavin), ayant de sérieux problèmes financiers. Elle part donc le rejoindre en voiture, et, sur la route, elle s'arrête à un motel pour prendre un petit peu de repos. Elle fait la connaissance du propriétaire du motel, Norman Bates Anthony Perkins), avec qui elle dîne et discute. Norman Bates semble visiblement avoir une relation amour/Haine avec sa mère, qui habite dans leur maison, en hauteur du motel. Leur discussion fait prendre conscience à Marion qu'elle a fait une grave erreur en volant cet argent, et elle décide de rapporter la somme dérobée à son propriétaire dès le lendemain. Elle va prendre une douche, et c'est là où tout bascule, et où le génie d'Alfred Hitchcock se libère.... Car cette douche, qui se déroule au bout de 45 minutes de films (soit environ la moitié du métrage), sera fatale à notre héroïne, qui se fait sauvagement assassiner par une silhouette en robe, visiblement féminine. A cette époque, un acteur (ou actrice) connu ne peut pas se faire tuer, et surtout pas au beau milieu du film! C'est tout bonnement impensable. Comment vendre un film avec un tel postulat? Autant dire que lorsque cela se produit, aucun spectateur ne pouvait s'y attendre. Premier coup de génie. Le second coup de génie se trouve dans la violence de cette scène. Très brutal, voir cru, le meurtre, filmé avec une lentille très proche de l'oeil humain, est une explosion de violence et de réalisme que le cinéma n'avait jusque là jamais osé montrer. Dire que le film dans son ensemble est monté pour cette unique scène n'est qu'à peine exagéré. D'ailleurs, le choix de tourner en noir et blanc a aussi été pris pour pouvoir filmer cette scène, où le sang coule à flot. Sang s'écoulant d'une star à priori nue, massacrée devant l'oeil du spectateur. Comment la censure allait-elle laisser passer un tel acte de barbarisme? Plutôt facilement, en fait, le réalisateur ayant tout prévu. Il faut dire qu'il connait son média sur le bout des doigts, Psychose étant loin d'être son premier film. Lorsque les censeurs lui disent avoir vu un sein, le cinéaste britannique sourit, et met à l'épreuve le comité de trouver sur quelle image de la séquence le téton se trouve. Impossible de trouver le sein nu, et pour cause, puisque l'actrice Janet Leigh a tourné cette séquence en portant une sorte de collant couleur chair... De même, certains lui diront à la fin du film, avoir été perturbés par la couleur rouge du sang s'écoulant de la pauvre victime. Mais comment voir du rouge dans un film tourné uniquement en noir et blanc? Et surtout lorsque pour simuler le sang, c'est du coulis de chocolat qui a été utilisé..... Encore une fois, Alfred Hitchcock prouve qu'il sait parfaitement jouer avec l'imagination du spectateur, ayant pertinemment compris que c'est toujours ce que le spectateur croit avoir vu qui fait le plus d'effet. Jamais ce qu'il voit réellement. D'ailleurs, la façon même dont le montage de cette séquence a été effectué prouve la maîtrise absolue du média cinéma qu'avait Alfred Hitchcock (sa femme, qui a toujours travaillée avec lui, était une monteuse renommée). Chaque coupe correspond à un coup de couteau. L'impression de déchirure est pratiquement physique, le spectateur ressentant chaque frappe avec violence, comme si les coups lui étaient portés. Deux versions de la scène ont été montées. La première, telle que l'avait imaginée Hitchcock, sans aucune musique, et l'autre avec la fameuse musique de Bernard Herrmann (sur l'idée du compositeur). Les deux sont d'une efficacité rare, mais la musique hystérique de Bernard Herrmann rend le passage absolument inoubliable. A tel point que tout le monde connait cette scène, même ceux qui n'ont pas vu le film. ![]() Avant d'engager Janet Leigh pour jouer la future première victime, Alfred Hitchcock avait imaginé d'autres vedettes de l'époque. Parmi les noms retenus, se trouvaient Eva Marie Saint (que le cinéaste venait de faire jouer dans La mort aux trousses), Piper Laurie (quelques années avant qu'elle ne joue dans Carrie ou le bal du diable, ou bien encore Lana Turner (l'une des actrices les plus rentables de son époque). Entre les refus et les essais non concluants se fut finalement Janet Leigh (Les vikings, la soif du mal) qui obtint ce qui restera le rôle le plus marquant de sa pourtant longue carrière. Il faut dire que le personnage de Marion Crane est bien soigné (avec Norman Bates elle est le personnage le plus défini de tout le film, bien plus que Sam Loomis et Lila Crane, les pourtant véritables héros du film). Le cinéaxte, attentif a tous les détails, a été jusqu'à jouer avec la couleur des sous-vêtements du personnage au cours du film. Alors qu'elle commence en sous vêtements blanc plutôt stricts (signe du bien, de la femme cinématographique idéale), à partir du moment où elle vole l'argent, elle ne portera plus que du noir (elle est devenue une criminelle, et de ce fait se doit de porter le noir; de plus cela lui donne un côté plus sexy, et par conséquent plus attirant, y compris pour Norman Bates, qui l'observe grâ à un trou dans le mur). Presque 50 ans après la sortie de Psychose au cinéma, c'est bien à Janet Leigh que les cinéphiles pensent, par à Vera Miles. Bien entendu, le personnage de Norman Bates aussi est inoubliable. Surtout grâce à l'interprétation fabuleuse d'Anthony Perkins, à la fois frêle, gentil, aimable, mais imprévisible, voir froid et méthodique. Difficile d'imaginer quelqu'un d'autre dans le rôle de ce tueur en série se prenant pour un autre. Ce n'est pas Vince Vaughn qui dira le contraire, dans le remake scène à scène de Gus Van Sant, réalisé en 1998 (avec Anne Heche dans le rôle de Marion et Viggo Mortensen dans celui de son fiancé Sam Loomis). L'intérêt d'Alfred Hitchcock pour les oiseaux est déjà visible dans Psychose, et ce, quelques années avant Les oiseaux. Entre un Norman Bates spécialisé dans la taxidermie d'oiseaux, et une Marion Crane (crane signifiant grue en anglais) ayant un appétit d'oiseau, on sent que le cinéaste devait déjà penser à son prochain film... Enfin, la présence dans le film de Vera Miles n'était pas réellement pour plaire au cinéaste. En effet, bien que l'actrice était sous contrat pour Alfred Hitchcock, lui devant un film, le cinéaste était fâchée contre la jeune femme, suite à son refus de tourner dans Sueurs froides (la jeune femme venait d'accoucher à ce moment là). Cependant, afin de mettre fin à son contrat (le réalisateur la payait tous les mois à ne rien faire), il lui confia le rôle de Lila dans Psychose. L'actrice sortait cependant du tournage du film cinq femmes marquées, pour lequel elle avait du se couper les cheveux; elle a donc du porter une perruque pendant tout le tournage du film d'Alfred Hitchcock. ![]() A film exceptionnel, bande annonce exceptionnel. Ne voulant en aucun cas dévoiler dans sa bande annonce ce qui allait se dérouler dans son film, Alfred Hitchcock, fort de son expérience de M. Loyal sur la série Alfred Hitchcock présente, a monté une bande annonce (de cinq minutes, soit plus du double d'une bande annonce classique) le montrant faisant visiter la Bate Motel et décrivant (mais sans rien dévoiler, jusque ce qu'il faut pour donner envie) les horribles choses qui s'y sont déroulées. Pour se terminer dans la fameuse douche, mais avec cette fois Vera Miles en lieu et place de Janet Leigh. Double raison à cela: premièrement, de manière très terre à terre, Janet Leigh n'était plus disponible au moment du tournage de la bande annonce. Enfin, cela permet de placer une note d'humour typique du réalisateur. Non content d'avoir livré une bande annonce hors norme, le réalisateur s'était aussi entendu avec les cinémas pour interdire l'entrée dans la salle aux spectateurs une fois le film commencé. Un effet de marketing terriblement efficace, et ce malgré (ou grâce) une interdiction aux moins de 12 ans. Sur du succès de son nouveau film, Alfred Hitchcock avait renoncé à son salaire, mais en échange avait le droit à un pourcentage sur les entrées. Résultat, en plus de devenir le film le plus rentable de la carrière du cinéaste, il fit de lui quelqu'un d'immensément riche (15 millions de $ de revenus pour ce film, ce qui pourrait se convertir en 150 millions de $ actuels). Si vous avez aimé Psychose, vous aimerez aussi:
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![]() Avec Les oiseaux, Psychose est le film le plus connu du cinéaste britannique Alfred Hitchcock. Malgré l'effet de surprise passé depuis des années, le film reste toujours aussi efficace, ce qui prouve bien que Psychose est un film indémodable, pur chef d'oeuvre de suspense et d'efficacité. La musique de Bernard Herrmann, uniquement à base d'instruments à cordes, est l'une des plus connues de l'histoire du cinéma, comme l'est la scène de la douche (ce film est aussi le premier de l'histoire du Septième Art à avoir montré des toilettes). Si un film représente idéalement la collaboration du compositeur avec le cinéaste, c'est bien celui-ci. Ce film est le dernier film qu'ait tourné la maître pour la Paramount, mais il est aussi le plus rentable de toute la carrière pourtant fructueuse du cinéaste. Pour tous ceux qui désirent découvrir le cinéma d'Hitchcock, Psychose est un incontournable, chef d'oeuvre absolu du genre, inégalé à ce jour (et ce malgré les nombreuses suites, remakes, et autres plagiats). A voir et à revoir sans modération. ![]() |