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Academy of Science Fiction, Fantasy & Horror Films |
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Année | Gagnant
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meilleur film de science-fiction | 2008 |
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Academy of Science Fiction, Fantasy & Horror Films |
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Année | Gagnant
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meilleure actrice dans un second rôle | 2008 | Lizzy Caplan |
![]() J.J. Abrams est un nom qui fait vendre. Créateur des séries à succès Alias et Lost, l'homme est, au milieu de la décennie, du point de vue purement financier, bankable. La sortie, en 2006, du troisième opus des aventures de l'agent secret Ethan Hunt, M.I.: III, et ce malgré le semi-échec commercial du film, vient renforcer la crédibilité financière du personnage. C'est d'ailleurs pendant la promotion ce film que J.J. Abrams aura l'idée de ce qui deviendra Cloverfield. Lors d'un voyage au Japon, accompagné de son fils, J.J Abrams tombe sur des jouets Godzilla. Plus de 50 ans après sa création, le monstre de la Toho est toujours aussi populaire au Pays du Soleil Levant. J.J Abrams se dit alors qu'aux Etats-Unis il manque une icône identique, un monstre gigantesque aux capacités de destruction hallucinant. L'idée est née: un monstre pouvant rivaliser avec la créature imaginée par Inoshiro Honda. Afin de peaufiner le sujet, J.J Abrams travaille avec le scénariste Drew Goddard. Quand à lui, pris par sa série Lost, il se concentrera sur la production du film, confiant la réalisation à Matt Reeves, qui signe là son premier long métrage d'importance. ![]() Mais tout cela ne sera révélé au public que bien plus tard, le producteur choisissant de monter un buzz unique autour du film, en ne diffusant pratiquement aucune information sur le film, allant jusqu'à ne pas donner le nom du film.... Du jamais vu. Allié à une bande annonce alléchante (la tête de la Statue de la Liberté dans une avenue de New-York) l'effet est d'une efficacité totale. Ainsi, aux Etats-Unis, pratiquement jusqu'à sa sortie, le film ne sera connu que sous le nom de 1-18-08 (date de la sortie du film sur le territoire américain), et 06-02-08 en France (pour la même raison). Le tournage, quand à lui, sera masqué sous les faux noms de cheese pour la partie tourné à New-York, et Slusho pour la partie à Los Angeles. Le nom Clover, finalement très proche du nom final, circulera aussi. L'effet est bel et bien celui attendu: tout le monde parle de ce mystérieux film, produit (et peut-être même réalisé?) par le créateur de Lost, dont ce film pourrait bel et bien être un spin-of. ET ce ne seront ni les acteurs ni les techniciens qui pourront parler, une clause leur interdisant le moindre mot sur le film. ![]() Peu de temps avant la sortie, la production lâche une information, et de taille: il s'agit d'un film de monstre! Et la rumeur de repartir de plus belle. Bien évidemment le premier nom cité est celui de Godzilla. Et même si Roland Emmerich avait déjà sa propre version au compteur, relativement récente, puisque datant de 1998, cette hypothèse parait plausible. Un autre nom est aussi vite avancé, celui de Cthulhu. Ce monstre, créé par l'écrivain H.P. Lovecraft, est en effet exactement ce que J.J Abrams voudrait créer: un monstre symbolique américain (mais cela, nul ne le savait encore). Cette version était d'autant plus crédible que Bad Robot, la maison de production de J.J. Abrams, détient les droits de la nouvelle de Lovecraft, l'appel de Cthulhu (1926), et ce depuis 2003. Mais finalement toutes les théories se révèlent fausses (quoique finalement, le monstre final est une sorte de Godzilla, sortant des eaux comme le Grand Cthulhu). Clover (c'est le petit nom donné à la créature) est bel et bien un monstre original, dont le design et la conception sont confiés au studio de Phil Tippett (Starship Troopers, mais surtout le Jurassic Park de Steven Spielberg). ![]() Mais comment se différencier d'un énième film de monstre? La solution apportée par Matt Reeves est la suivante: tourner le film de façon réaliste. Non seulement réaliste, mais sous forme d'un film amateur, filmé avec un caméscope. Même si l'idée n'est pas neuve (les exemples les plus connus sont Cannibal holocaust de Ruggero Deodato, en 1980, Blair Witch Project, de Daniel Myrick et Eduardo Sánchez en 1999, et [REC] de Jaume Balagueró et Paco Plaza en 2007), elle efface la distanciation inhérente au cinéma, rendant les événements palpables et réels. Steven Spielberg, pour sa Guerre des mondes, utilisa en 2004 une méthode légèrement différente, quoique s'en rapprochant, tourner tout son film à niveau de regard adulte, transformant le spectateur en témoin de la tragédie se déroulant sous ses yeux. La technique cinématographique est sans doute plus élaborée chez Spielberg, mais l'effet est plus immédiat chez Matt Reeves. Surtout que le cinéaste a bien pensé à ne pas avoir de musique pour son film. Toute l'histoire est donc racontée depuis la caméra tenue par Hud, l'un des héros du film. Héros incarné par l'acteur T.J. Miller, dont on entend la voix tout au long de l'histoire, et dont le visage apparaît par moment, histoire de bien rappeler qu'il existe réellement. L'acteur a d'ailleurs tenu la caméra dans plusieurs scènes du film, pour un souci de cohérence et de réalisme. Le nom même du personnage, Hud, est un clin d'oeil au système HUD (head up dispay, Affichage tête haute en français, un système de superposition d'images utilisé dans l'aviation essentiellement). ![]() Le film, en plongeant directement le spectateur dans l'apocalypse new-yorkais, propose ni plus ni moins que l'expérience visuelle et sensorielle post 11 septembre la plus assumée jamais filmée (sans doute bien plus que le World Trade Center d'Oliver Stone). Le choc est d'autant plus fort que l'un des symboles majeurs des Etats-Unis, la Statue de la Liberté, est directement frappée par le carnage. La pauvre statue a bien du soucis à se faire avec le cinéma américain, qui l'a déjà égratigné (X-Men, en 2000), congelée (le jour d'après, en 2004), ensevelie (la planète des singes, en 1968, et décapitée (une première fois pour l'affiche du New York 1997 de John Carpenter en 1981 et la seconde dans Cloverfield, justement, dont l'idée est justement venue du film précédent). Le passage où la tête de la pauvre Statue s'écrase dans l'avenue de New-York est frappante, surtout de part sa soudaineté. D'ailleurs, les gens imaginant la tête de la statue plus grande qu'elle ne l'est réellement, il fut décidé d'agrandir de 50% la taille de celle-ci, afin de ne pas gêner le spectateur. ![]() De nombreuses questions restent en suspend à la fin du film. D'où vient le monstre? L'armée va-t-elle le vaincre? Pourquoi le titre Cloverfield? A la première question, à priori aucune réponse n'est fournie dans le film. A priori seulement. Car, lors de la toute dernière scène du film (à Coney Island) on peut voir au loin quelque chose chuter dans l'eau. Est-ce le monstre, venant des étoiles ou d'ailleurs? Ou est-ce un astéroïde, venant réveiller la bête qui somnolait au fond de l'océan? Les deux théories se défendent. Le dossier de presse vient quelque peu éclairer le sujet, faisant pencher la balance vers la seconde solution: "C'est un bébé tout juste sorti de l'eau où il a passé des milliers d'années. C'est un nouveau né. Il est désorienté et irritable...". A la seconde question, là encore nous n'aurons pas de réponse. L'armé peut-elle vaincre Clover? A chacun de choisir sa version. Mais le fait que l'armée ait réussi à récupérer la caméra et le film tend à prouver que le site est finalement sécurisé. est-ce parce que la créature a déménagé? Même le titre est sujet à interprétations. Deux théories circulent. La première, donnée par Matt Reeves, dit que Cloverfield est le nom de code donné par l'armée aux attaques de monstres, tout comme le projet Manhattan était le nom de code pour le développement de la bomba atomique. De son côté J.J Abrams prétend que le nom vient de l'emplacement des locaux de sa société de production, Bad Robots, basé à Santa Monica, J.J Abrams s'arrêtant à la station Cloverfield pour se rendre à ses bureaux. ![]() Il est clair que le film est arrivé à créer une envie chez le spectateur avant la sortie du film, et que cette envie ne s'est pas vue déçue lors de la vision du résultat (le film fut le premier film de 2008 à dépasser la barre des 100 millions de recette, pour un budget de 25 millions, et pour un résultat final de 170 millions de $). Matt Reeves est arrivé à créer un film original, mêlant suspens et action, et ce sans aucun temps mort (le film ne dure cependant qu'une petite heure et quart). Les Etats-Unis ont-ils leur Godzilla, à la fois terreur et fierté nationale? Peut-être pas. Mais en tout cas, Cloverfield en donne pour son argent, contrairement à la tentative de Roland Emmerich (Godzilla, en 1998). Si vous avez aimé Cloverfield, vous aimerez aussi:
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J.J Abrams, producteur et scénariste, voulait rendre hommage au Godzilla de Inoshiro Honda. Pari réussi. Tandis que
l'un exorcise le traumatisme d'Hiroshima au travers de son monstre géant, l'autre joue sur la fibre post 09/11 avec talent et efficacité.
Ce Cloverfield n'est pas sans rappeler un autre film de monstre récent, le coréen The Host, de Bong Joon-ho (film quand à lui marqué par un autre drame, celui de la contamination du fleuve Han en 2000). Mais les américains faisant toujours tout en plus grand que les autres, leur monstre est bien plus gros que les autres, Godzilla compris. Un spectacle de qualité, bien plus original et divertissant que la moyenne des productions à gros budget. ![]() |