![]() |
Retour à la section dédiée au cinéma. |
|
![]() |
Directors Guild of America |
catégorie |
Année | Gagnant
|
meilleur réalisateur | 1952 | Alfred Hitchcock |
![]() |
Oscars |
Catégorie |
Année | Film
|
Meilleure photographie | 1952 | Robert Burks |
![]() L'inconnu du Nord Express est tiré du roman éponyme de Patricia Highsmith, dont les droits ont été achetés par le cinéaste Alfred Hitchcock pour une somme pour le moins modique (7500 $). Une fois adapté, le roman deviendra l'une des histoires les plus emblématiques du cinéma hitchcockien. Il faut dire que l'on retrouve nombre des thèmes chers aux maître dans ce film, que ce soit bien entendu le suspense, les meurtres, l'humour (souvent noir), le faux coupable. A cela s'ajoute le goût des trains (les films du maître mettant en scène des trains ne se comptent plus, comme une femme disparaît, l'ombre d'un doute, ou bien encore la mort aux trousses, pour ne citer que les plus connus). ![]() Comme toujours chez Alfred Hitchcock, l'Entertainment est le but premier, voir le seul avoué. Mais en aucun cas, le cinéaste ne considère le genre de haut, bien au contraire. Toujours très pointilleux, il s'escrime tout au long de sa filmographie à prouver que le cinéma de genre peut égaler si ce n'est surpasser le cinéma dit classique. D'ailleurs, la barrière entre les deux genres est souvent bien difficile à discerner. Ainsi, par exemple, les 10 commandements, de Cecil B. DeMille, avec Charlton Heston (et Patricia Hitchcock, la propre fille du cinéaste, qui tient dans l'inconnu du nord-express un rôle relativement important), est-il un péplum (et donc synonyme de mauvais film) ou un film de qualité, méritant son Oscar et ses nombreuses nominations? La preuve ultime est en qu'Alfred Hitchcock est aujourd'hui considéré comme l'un des plus grands réalisateurs de l'histoire du Septième art, et ce alors même qu'il ne fut jamais récompensé aux Oscars. D'ailleurs, l'inconnu du Nord-Express est aujourd'hui considéré comme l'un des plus grands films jamais réalisé. C'est il est vrai le cas de nombre de films du maître. ![]() Et pourtant, pas de grandes stars au générique. Le héros du film, Farley Granger, est pourrait-on dire l'acteur le plus connu du casting. En tout cas les aficionados d'Hitchcock, eux, auront reconnu l'un des assassins de l'un des précédents films du réalisateur, La Corde. Face à lui, se trouve Robert Walker (dont se sera l'avant dernier film, l'acteur mourant peu de temps après ce film). L'un des premiers rôles du film est tenu par un fidèle du cinéma hitchcockien, Leo G. Carroll (Le procès Paradine, La maison du docteur Edwardes, et bientôt La mort aux trousses). Il joue ici le père de la fiancée du héros, et accessoirement, celui de la propre fille du réalisateur, Patricia Hitchcock. Comme à son habitude, le réalisateur fera un court cameo dans le film. On le voit ici monter dans un train, portant une contrebasse. Il s'agit sans doute de son cameo le plus connu. Pour une fois, ce cameo dépasse le simple clin d'oeil, puisqu'il vient s'ajouter à une liste, déjà nombreuses, de symboles du double jonchant le film (contrebasse en anglais se disant double bass). Le film jouant sur ce concept, le réalisateur s'est amusé à glisser des petits sous-entendus tout au long de son film, sur le concept fortement psychanalytique du double, une face étant bonne et l'autre maléfique. Cette dualité se voit bien entendu au travers des deux principaux protagonistes du film, Le gentil Guy et le dangereux Bruno. On retrouve aussi cette dualité au niveau des femmes de la vie de Guy, avec la profiteuse (Miriam), opposée à la dévouée (Anne). Mais on pourrait aussi dire la vivante/ la morte en parlant des deux mêmes femmes. On retrouve deux femmes à lunette dans la vie de Bruno. Miriam d'un côté, et Barbara de l'autre. Le rôle du père aussi a été dédoublé, avec pour l'un un père dont il faut se débarrasser (Bruno), et pour l'autre un père dont il "hérite" (Guy, au travers de sa relation avec Miriam). Citons enfin les deux policiers, l'un voyant en Guy un coupable et l'autre innocent. Il existe de nombreuses autres références au doppleganger dans le film; à chacun de s'amuser à les trouver. ![]() Après La Corde, traitant ouvertement d'un sujet tabou à cette époque, l'homosexualité, certains ont vu dans l'inconnu du Nord Express une nouvelle façon pour le maître, très intrigué par cette pratique sexuelle (il s'est souvent entouré d'homosexuels reconnus tout au long de sa carrière, lui même étant tout ce qu'il y a de plus hétérosexuel). Le rapport Guy/Bruno, et plus particulièrement Guy pour Bruno, a pu faire penser à une sorte de déclaration par le sang et le meurtre. Meurtre qui, tout comme dans le crime était presque parfait, met en jeu un accessoire. Ici, les lunettes, le meurtre étant vu au travers des lunettes de la victime. Très beau plan typique du cinéaste. Les ustensiles et accessoires de tous les jours ont souvent été détournés par le cinéaste. Ici, l'innocent peut être disculpé ou au contraire inculpé par la faute d'un simple briquet. Hitchcock joue avec ce briquet, le faisant apparaître, disparaître et réapparaitre tout au long du film. Et lorsque le rusé Guy veut le déposer sur les lieus du crime, il le fait tomber dans une bouche d'égout, et le cinéaste de créer autour de cela une scène amusante et en même temps macabre, qui trouvera son écho 30 ans plus tard dans Frenzy, lorsque l'assassin à la cravate (Barry Foster) se débat avec le pied de sa victime dans une camionnette en marche. Si vous avez aimé L'Inconnu du Nord-Express, vous aimerez aussi:
|
Hitchcock livre avec l'inconnu du nord express un petit bijou de
suspens comme il en a le secret, mené par un Farley Granger
critiqué pour sa prestation dans ce film (il fut jugé assez mauvais et peu charismatique). Pourtant, l'histoire en jugera autrement,
puisque ce film est maintenant considéré comme le meilleur de sa carrière.
Admiré par de nombreuses générations de réalisateurs, ce film a connu quelques remakes, plusieurs parodies et même un film X basé sur son histoire. Dernièrement, le cinéaste italien Dario Argento (Suspira) a tourné un téléfilm, Vous aimez Hitchcock?, où l'assassin se base sur l'inconnu du nord express pour (faire) commettre le meurtre parfait. De la part d'un des maîtres du cinéma de genre, cela est une très belle marque de respect. ![]() |