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BAFTA |
catégorie |
Année | Gagnant
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Meilleure actrice étrangère | 1955 | Grace Kelly |
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Directors Guild of America |
catégorie |
Année | Gagnant
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meilleur réalisateur | 1955 | Alfred Hitchcock |
![]() Lorsqu'Alfred Hitchcock s'attaque à l'adaptation cinéma de la pièce à succès le crime était presque parfait (écrite par Frederick Knott), il est déjà pratiquement au sommet de sa gloire, avec derrière lui des titres comme les enchaînés, Rebecca, l'inconnu du Nord-Express, ou bien encore l'ombre d'un doute. Le seul nom du maître suffit à rendre un film bankable (et ce malgré les échecs commerciaux de films comme les amants du Capricorne). Cependant, le cinéma est en pleine crise. En effet, depuis l'arrivée de la télévision, les gens se déplacent moins dans les salles obscures, ne voyant pas la raison de payer ce qu'ils peuvent voir gratuitement dans la petite lucarne (le même problème touche actuellement le Septième Art à cause du piratage, la légalité en moins). Pour attirer les spectateurs dans les cinémas les producteurs ont eu deux idées. La première: la couleur, le cinéma étant le seul à pouvoir la fournir! La seconde, encore plus difficile à fournir pour un petit écran : la 3D! La version cinéma du meurtre était presque parfait utilisera donc les deux techniques. Une première pour Hitchcock (ce sera d'ailleurs aussi sa seule expérience dans la 3D), qui n'en était alors qu'à son troisième film en couleurs (après la corde et les amants du Capricorne). La 3D, qui implique un mode de tournage à deux caméras, une salle de projection à double projecteurs (une grande partie des salles à l'époque), ainsi que l'utilisation de lunettes polarisantes, n'est pas simple, ni à tourner, ni à projeter. A propos de la projection, il était nécessaire de faire tourner les deux projecteurs en simultané pour que la 3D opère; normalement, pendant qu'une bobine est montrée à l'écran par un projecteur, le second est rechargé par l'opérateur. Dans le cadre de la 3D impossible de recharger. Donc, les films étaient forcément coupés par un entracte en plein milieu de projection. On voit bien le moment de la coupure dans le crime était presque parfait puisqu'apparaît une affiche annonçant l'entracte. Toutes ces raisons font que les cinéastes hésitaient à tourner des films en relief. Surtout que pour fonctionner, il fallait penser le scénario autours des effets de 3D. Hitchcock, dont le talent de mise en scène n'est plus à démontrer depuis longtemps, s'attèle donc à la tâche confiant, sachant déjà avant même le début du tournage ce qu'il voulait faire (et aussi ce qu'il voulait éviter). ![]() ![]() Avant de penser le film pour le relief, Hitchcock cherche à réaliser un bon film. La pièce éponyme se prête idéalement à l'univers macabre du maître du suspense; reste à adapter l'histoire pour le grand écran et le relief. Frederick Knott, l'auteur de la pièce de théâtre s'occupera de l'adaptation de sa propre oeuvre, et le cinéaste britannique de la mise en scène. La complexité de tourner avec les imposantes caméras prévues pour la 3D oblige le réalisateur à tricher avec les perspectives pour tout ce qui touche aux gros plans, l'exemple le plus connu restant le combiné de téléphone géant précédent la tentative d'assassinat. Le film se déroulant essentiellement dans l'appartement des Wendice, lieu exigu, tout le talent d'Alfred Hitchcock est nécessaire pour manipuler la caméra et ne pas donner une impression de claustrophobie au spectateur. Le tournage, qui dura 36 jours, et ceci essentiellement dans le salon, rappelant les origines théâtrales de l'oeuvre, ont été assez difficile, et en particulier lors de la scène d'agression de Margot (Grace Kelly) par Swann (Anthony Dawson), qui prit à elle seule plusieurs jours sur le calendrier. Le cinéaste savait que cette scène était le passage le plus important du film, et devait marquer le spectateur. Il le fit de la façon suivante: ![]() ![]() La façon dont s'habille son actrice principale a d'ailleurs été longuement travaillé dans le film, passant au fil du métrage de couleurs claires à sombres, marquant sa descente aux enfers. De plus, elle passe de vêtements sobres avec son mari à des habits plus délurés lorsqu'elle est avec son amant. Encore une fois dans un film d'Hitchcock, la femme est la pièce maîtresse de l'oeuvre. D'ailleurs, sil est bien une actrice qui représente LA femme selon Hitchcock, c'est bien Grace Kelly, que ce soit dans ce film, ou dans le suivant, Fenêtre sur cour. ![]() ![]() Ce film marque la collaboration entre le cinéaste et la jeune et très talentueuse Grace Kelly. Leur collaboration, qui ira de pair avec une très grande amitié, se soldera la même année par l'un des films les plus réussis du cinéaste, Fenêtre sur cour, puis l'année suivante d'un autre grand film du maître, la main au collet. Le mariage de la belle mettra malheureusement fin à cette collaboration, l'une des plus fructueuses du septième art. Face à Grace Kelly, Hitchcock envisageait dans le rôle du mari meurtrier Cary Grant. Cependant, difficile de faire jouer à un acteur comme Cary Grant un méchant, à une époque où Hollywood cherchait dans ses acteurs principaux des symboles américains. Ce fut donc Ray Milland qui obtient le rôle du démoniaque Tony Wendice. L'acteur, relativement oublié de nos jours, était pourtant en son temps considéré comme un excellent acteur (Oscar du meilleur acteur en 1945 pour son rôle dans le poison, tout de même). De plus, une certaine ressemblance à Cary Grant (son surnom était d'ailleurs le Cary Grant du pauvre) a vite fait pencher la balance en sa faveur. L'acteur est parfait dans ce rôle, que d'aucuns considèrent comme l'un de ses tous meilleurs, faisant de son personnage l'un des méchants hitchcockiens les plus réussis. Et quel charisme! Dans le rôle de l'inspecteur enquêtant sur l'affaire, on retrouve John Williams, qui tenait déjà le même rôle sur les planches. Il est d'ailleurs l'un des seuls policiers de toute la filmographie d'Hitchcock a ne pas être malmené (les rapports entre le cinéaste et les forces de l'ordre ont toujours été pour le moins ambigües). ![]() Le cinéaste, conscient du problème lié à un film en relief projeté ensuite en 2D (la seconde vie -la plus longue- passe toujours par la 2D), n'a pas voulu baser le succès de son film sur les effets de reliefs. Il voulait que son film soit toujours aussi bon quelques soient les conditions de visionnage. En jouant sur le premiers plans (via des meubles, lampes, table, ciseaux,...) il arrivait à créer l'effet de profondeur désiré, tout en rendant le film visionnable en 2D sans aucun problème. Aucun effet de relief ne fait jamais gadget dans ce film. Une grande réussite de mise en scène. D'ailleurs, le Septième art ne s'y est pas trompé, puisque le film est passé par la case du remake, en 1998, avec meurtre parfait, mettant en scène des acteurs comme Michael Douglas, Gwyneth Paltrow et Viggo Mortensen (qui est aussi à l'affiche de Psycho, le remake de Psychose). Souvent cru comme un remake du crime était presque parfait, piège à minuit traite d'un sujet similaire, et met en scène Doris Day (vue dans l'homme qui en savait trop), John Williams et Anthony Dawson (tous deux présents dans le crime était presque parfait). C'est dire que ce film (malgré la 3D) a fortement influencé les cinéastes des générations suivantes. Si vous avez aimé le crime était presque parfait, vous aimerez aussi:
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![]() considété (à tort) comme un film mineur de la filmographie d'Hitchcock, le crime était presque parfait, tourné pour être visionné en relief, transcende la technique utilisé et est aussi bon en 3D qu'en deux. Le talent de metteur en scène du maître du suspense est à son apogéa dans ce huis-clos qui met encore une fois un innocent aux prises avec la justice, mais fait n'est pas coutume, cette même justice n'est pour une fois par totalement dépassée par les événements. Suspense maîtrisé à la perfection, scénario sans faille, le film est en plus celui qui fit de la très belle Grace Kelly l'archétype absolu de la femme hitchcockienne. La même année Hitchcock réalisera un second film avec son actrice, Fenêtre sur cour, qui sera comme celui-ci un pur chef d'oeuvre technique t scénaristique. Du très grand cinéma. ![]() |