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Les Enfants de Húrin


 


 
Les enfants de Húrin

Auteur

J.R.R. Tolkien

 

Genre

Heroic Fantasy
 

Année de sortie

2007
 

Résumé


 
La publication des Enfants de Húrin, qui est sans doute la dernière parution d'un inédit de Tolkien, constitue un événement aussi important que celle du Seigneur des Anneaux en 1954, et elle a été accueillie comme telle par des centaines de milliers de lecteurs américains et européens en avril dernier - six mois après, le livre figure toujours dans les meilleures ventes.
Seuls les vrais "fans" de Tolkien ont lu des textes tels que Le Silmarillion ou L'Histoire de la Terre du Milieu ; Les Enfants de Húrin s'adressent en revanche aux millions de lecteurs du Seigneur des Anneaux, qui retrouveront le souffle de ce roman dans l'histoire de Túrin, fils de Húrin, héros humain qui cherche sa place parmi les Elfes et les Hommes dans un monde en guerre ; trompé par le destin, il achèvera son existence de manière spectaculaire et tragique. Se déroulant quelques milliers d'années avant Le Seigneur des Anneaux, et annonçant les aventures de Frodo, Aragorn et de leurs compagnons, ce récit fera découvrir le passé de la Terre du Milieu aux lecteurs qui ne connaissent que le plus célèbre roman de Tolkien.
Dans le cadre d'un accord mondial, les ayants droit de Tolkien publient le premier ouvrage posthume de JRR Tolkien depuis la parution posthume du Silmarilion en 1977. Présenté pour la première fois dans son intégralité et de façon indépendante, le conte épique qu'est Les Enfants de Húrin réunira les fans du Hobbit et du Seigneur des anneaux, qui y retrouveront elfes et hommes, dragons et nains, ainsi que les riches paysages et personnages propres à l'univers de Tolkien.
Commencé en 1918, Les Enfants de Húrin était un des grands contes sur lesquels Tolkien a travaillé toute sa vie durant, bien qu'il n'ait jamais pu en voir le résultat publié. Si l'histoire semble familière à de nombreux fans du fait des extraits et des références qui y sont faites dans nombre de ses autres textes, on a longtemps pensé qu'elle demeurerait un conte inachevé. A présent recomposée par Christopher Tolkien, qui a consciencieusement rassemblé les travaux de son père à partir de différents manuscrits qu'il avait laissé, ce livre constitue l'aboutissement d'un effort continu de 30 ans pour porter le travail de Tolkien à la connaissance d'un large lectorat.
Christopher Tolkien: "Depuis longtemps, il me semble fondamental de présenter la version longue qu'a faite mon père des Enfants de Húrin dans un volume indépendant, avec sa propre couverture et un minimum d'intervention éditoriale. Il était surtout important d'en faire un récit continu, sans trous ni interruptions, à condition de ne pas trahir ni inventer, et ce malgré l'état inachevé dans lequel il a laissé certaines parties de son texte."
Déjà dessinateur des cartes qui figuraient dans l'édition originale du Seigneur des anneaux il y a plus de cinquante ans, Christopher Tolkien a créé pour cette édition une nouvelle carte particulièrement détaillée. Le livre sera de plus agrémenté d'illustrations d'Alan Lee, à la fois en couverture et dans le coeur du volume, qui est l'illustrateur de Bilbo le Hobbit et de l'édition du centenaire du Seigneur des anneaux. Il a également remporté l'Oscar du meilleur film designer pour l'adaptation cinématographique du Seigneur des anneaux.
Victoria Barnsley, éditrice chez Harper Collins : "Le caractère épique des aventures, la tragédie, la fidélité amicale et l'héroïsme sont des traits caractéristiques des talents d'écriture de Tolkien. Ce récit, aussi dramatique et puissant que pouvait l'être Le Seigneur des anneaux, peut à présent être lu et apprécié tel que Tolkien le souhaitait à l'origine. Les Enfants de Húrin seront sans aucun doute une révélation pour des milliers de fans autour du monde."


 

 


 

Avis

Note :
 

 
Túrin et Glaurung, par John Howe

 
Si l'on est en droit de se méfier des enfants déterrant les écrits de leurs parents (cf James Herbert), il ne faut surtout pas mettre Christopher Tolkien, le fils de J.R.R. Tolkien dans le même panier. Même s'il est indéniable qu'il compte sur le talent de son père pour gagner sa vie, jamais au grand jamais il ne s'est abaissé à écrire de nouveaux récits, soit disant d'après les idées de son père. A tel point que pour les enfants de Húrin, Christopher Tolkien, forcé de changer un mot (un seul mot!), s'explique en appendices sur plusieurs pages. Et pourtant, il n'était pas sur que quelqu'un se rende compte de ce changement de mot.
De même, Christopher Tolkien s'explique sur les raisons de la sortie de ces enfants de Húrin, que les fans de l'auteur du Seigneur des anneaux connaissent déjà, puisque l'histoire se retrouve en partie dans les déjà posthumes Silmarillion et contes et légendes inachevées du premier âge. L'unification de cette histoire, jusqu'à présent morcelée (et contenant quelques divergences entre les différentes versions), permet de mieux appréhender l'une des histoires majeures inventées par J.R.R. Tolkien. Histoire sans doute plus importante au père de Frodo que celle de son best seller, Le Seigneur des anneaux. Et tellement plus poignante!
Mais attention, cependant, ce livre est d'un abord plus difficile que Le Seigneur des anneaux, en raison de son style. Si Le Seigneur des anneaux est écrit de façon romanesque, les enfants de Húrin (tout comme tout ce qui touche aux Premier et Second Âges) est écrit à la façon d'une épopée, l'amour de Tolkien pour les romans de gestes, et plus particulièrement les romans anglo-saxons de la période du Moyen-âge, inprègne ce roman. D'ailleurs, l'auteur n'hésite par à faire appel à de vieilles tournures de phrases tombées en désuétude. Résultat, ce que l'histoire perd en proximité, elle le gagne en force, tout le récit étant ressenti comme inaltérable et surtout écrit, dans le sens du destin inébranlable s'abattant sur les protagonistes sans espoir aucun d'y réchapper.
 
Húrin, par Alan Lee

 
Si le récit de Beren et Lúthien (l'autre grand récit mythologique de Tolkien, lui aussi présent dans le Silmarillion) laissait apercevoir la lumière, il n'en est rien dans l'histoire de Húrin, et surtout de ses enfants, Túrin et Nienor. Rarement écrit de fantasy (et d'autant plus s'il est moderne) n'aura été aussi sombre, et ses personnages aussi forts. De plus, les passages de bravoure ponctuant le récit, et en particulier le combat final entre Túrin et le dragon Glaurung, n'ont rien à envier aux grandes épopées que nous ont légué l'Histoire, de St-Georges terrassant le dragon à Siegfried, en passant bien entendu par Beowulf, poème épique dont Tolkien était un expert et un inconditionnel. Impossible de ne pas voir dans le combat entre Túrin et Glaurung la version de Tolkien de l'affrontement entre Beowulf et le dragon où les deux protagonistes trouveront la mort.
Ce récit aborde de très nombreux thèmes majeurs du genre épopée, que ce soit l'honneur, le destin (ainsi bien entendu que la façon d'essayer d'échapper à celui-ci), la bravoure, la trahison, le mal, etc.. On retrouve même des thématiques purement grecque, comme l'Oedipe, avec le destin qui attend le frère et la soeur, Túrin et Nienor, et qui s'achèvera dans le sang, la souffrance, et la mort. Poignante du premier mot au dernier, ce récit est un condensé du talent de l'auteur, qui, nourri de littérature épique et héroïque, a su en tirer le meilleur.
L'Epée, symbole du héros dans la littérature guerrière (Durandal pour Roland, Excalibur pour Arthur,...), prend ici un caractère ambigu, ce qui est à priori rare chez Le Seigneur des anneaux, où les armes sont toujours l'extension de leur porteur (Narsil, puis Anduril pour Aragorn, Dard pour Frodo et Bilbo, Aranrúth pour Thingol, Aeglos pour Gil-Galad, Ringil pour Fingolfin, pour n'en citer que quelques unes). Ainsi, Gurthang est à la foi l'arme qui terrorise les ennemis du Noire-Epée (le fait que Túrin se fasse appeler selon la couleur de son épée est déjà en soi un signe de l'importance de l'arme), celle qui lui permettra de vaincre son ennemi, Glaurung, mais aussi et surtout ce par quoi arrivera le funeste destin du héros. Et ce de deux façons: La première, en cela que Túrin ne peut s'empêcher d'aller combattre (l'épée étant par définition le symbole du combattant), quitte à se faire connaître de son ennemi, lui qui vit caché pour fuir sa malédiction. Et la seconde qui pourrait se résumer par "celui qui vit par l'épée périra par l'épée" (dans le sens propre du terme pour le coup), montrant bien qu'une arme, quelle qu'elle soit, peut toujours se retourner contre son maître. Le fait que l'épée lui parle dans les derniers moments (le seul cas d'objet loquace dans tout le cycle de J.R.R. Tolkien) montre bien la malignité de l'objet. Etrangement, la fantasy moderne présentera une autre épée parlante, exactement à la même époque: Stormbringer.
L'homme face à son destin: Quel artiste, et ce quel que soit son moyen d'expression, n'a pas un jour ou l'autre abordé ce sujet. Mais combien aussi brillamment que Tolkien avec son personnage de Túrin, qui lutte à la fois pour se cacher de son ennemi (en fait de ses ennemis, à savoir Morgoth et Glaurung) et en même temps pour se faire connaître pour qui il est: le digne fils de son père, cherchant à tirer vengeance de l'emprisonnement de son père, lui-même un grand héros de son temps. Cette dualité est brillamment mise en exergue par l'auteur, tout d'abord dans les gestes de son héros, mais aussi, de façon très Tolkienesque, dans ses noms. Car chez Tolkien le nom d'un personnage a une importance capitale. Que Túrin en change constamment (Neithan, Adanedhel, Mormegil, Agarwaen, Gorthol, Turambar) montre bien la lutte intérieure et extérieure (c'est à dire vis à vis de la société) du personnage face à sa destinée. Destinée qui finira inévitablement par le rattraper et le terrasser, car, en tout cas dans le cas des romans épiques, il est impossible d'échapper à son destin.
 
Illustration d'Alan Lee pour les Enfants de Húrin

 
Incroyable qu'une oeuvre aussi brillante ait attendue la mort de son auteur pour enfin paraître (enfin, pas si étonnant que cela si l'on pense que Tolkien a toujours considéré son récit comme inachevé). Car que ceux qui pensaient que Smaug était LE dragon de l'oeuvre de Tolkien découvriront que le professeur avait inventé un autre dragon, bien plus évocateur et "draconique". Tout simplement le plus beau dragon de la littérature moderne, et l'un des plus marquants, mythologie y compris. Et son adversaire, Túrin Turambar, de suivre les plus grands héros épiques de près.
 
Une chose est sure, avant d'arriver jusqu'à nous, les enfants de Húrin est passé par bien des phases. Tout d'abord imaginé comme un immense poème à l'ancienne, nommé le lai des enfants de Húrin, finalement abandonné par son auteur, au vu de l'ampleur du travail; puis réécrit en prose sous forme résumé dans le Silmarillion (et jamais édité du vivant de l'auteur); puis enfin sous forme indépendante, mais jamais finalisée par son auteur.
 
Preuve que ce récit est d'une force évocatrice rare, le nombre d'illustrations traitant de ce récit, du entre autres aux deux grands spécialistes de Tolkien, Alan Lee (Oscarisé pour son travail sur le seigneur des anneaux de Peter Jackson) et Greg Howe. Les éditions disponibles sur le marché proposent d'ailleurs quelques uns des dessins d'Alan Lee en accompagnement des mots du professeur Tolkien. A noter enfin que la version audio de l'histoire est narré (en anglais) par pas moins que Christopher Lee, qui incarnait faut-il le rappeler Saroumane dans la trilogie cinématographique.

 

 


 
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