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Festival de Venise |
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Année | Bénéficiaire
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Lion d'Or | 2010 | Sofia Coppola |
![]() Après l'échec à la fois critique et commercial de son précédent film Marie Antoinette, Sofia Coppola décide de changer son fusil d'épaule: retour à un scénario original, là où Marie Antoinette était adaptée d'un roman d'Antonia Fraser; mais aussi et surtout retour à un cinéma simple, antithèse du faste de son biopic royal (un film au budget de 40 millions de $, contre environ 7 millions pour Somewhere). C'est donc Sofia Coppola qui écrira l'histoire de son nouveau film, signant son deuxième script, après Lost in Translation. Sans être véritablement autobiographique, l'histoire de Somewhere s'inspire grandement des souvenirs d'enfance de la réalisatrice. Le personnage de Cleo est ainsi nourri des émotions qu'elle même a connues en suivant son père, Francis Ford Coppola, à travers le monde. Mais Johnny est lui aussi une extrapolation d'elle-même, mais cette fois-ci vis à vis de ses enfants à elle. Sofia Coppola, qui a décidemment la bougeotte, tournera son film en partie en Italie, après les Etats-Unis pour Virgin Suicides, le Japon pour Lost in Translation, et la France pour Marie Antoinette. L'Italie, sorte de retour sur les traces des ses ancêtres, est un choix idéal pour un film qui se veut justement une réflexion sur son passé, mais aussi son avenir. ![]() Si le film parle de sa famille, la production du film a elle aussi un fort goût familial. En effet, le film n'est produit par nul autre que son propre frère, Roman Coppola, ainsi que par le père, Francis Ford Coppola, au travers de sa société de production American Zoetrope. Et à la musique, on retrouve le groupe Phoenix, dont le leader, Thomas Mars, n'est ni plus ni moins que le compagnon à la ville de Sofia Coppola. La réalisatrice a aussi fait appel à la monteuse Sarah Flack qui, si elle ne fait pas à proprement parler de la famille Coppola, est en tout de même à sa troisième collaboration avec Sofia, après Lost in Translation et Marie Antoinette. Devant la caméra, Somewhere verra aussi passer, au travers de plus ou moins rapides cameos, quelques personnalités du monde du septième art, comme Benicio Del Toro, les italiens Simona Ventura et Maurizio Nichetti, le français Aurélien Wiik, et l'américain Alden Ehrenreich (héros du Tétro de Francis Ford Coppola). ![]() En ce qui concerne le casting des deux acteurs principaux, Sofia Coppola a visiblement cherché à faire coïncider au maximum image de l'acteur et personnage dans le film. Ainsi, Stephen Dorff, qui se voit souvent collé une image de bad boy (à tort ou à raison), s'avère être un choix parfait pour incarner Johnny, le jeune acteur starifié vivant une véritable vie de débauche, où l'alcool coule à flot et les femmes se multiplient dans son lit (une multiplication qui va jusqu'au dédoublement, avec les jumelles Kristina Shannon et Karissa Shannon). L'acteur trouve ici un rôle qui lui permet (enfin) de prouver son talent d'acteur, lui dont la carrière a eu beaucoup de mal à décoller. Pour jouer sa fille, c'est le producteur Fred Roos qui propose à Sofia Coppola d'engager Elle Fanning, après l'avoir vu dans L' Etrange histoire de Benjamin Button. La réalisatrice a eu peur d'avoir affaire à une actrice trop pro, manquant de spontanéité, avant de rapidement revenir sur son impression. Elle Fanning, sœur de Dakota Fanning, est la véritable révélation du film. Le film laisse la part belle aux improvisations, dans le but de donner une image réaliste au film. Chose peu fréquente au cinéma, les acteurs n'ont pas répété leurs rôles avant le tournage, justement afin de ne pas perdre cette spontanéité si importante aux yeux de Sofia Coppola. Par contre, afin de sa familiariser l'un à l'autre, Stephen Dorff et Elle Fanning passeront beaucoup de temps ensemble avant le tournage, se découvrant ainsi en prévision du tournage. Afin de compléter cet effet réaliste, le film fut tourné pratiquement en totalité en décors naturels, que ce soit en Italie, mais aussi au prestigieux Château Marmont, un lieu mythique de Sunset Boulevard, où se retrouvent les stars, et qui a vu aussi bien les débuts de James Dean (il y a passé ses premiers castings) que la fin de John Belushi (l'acteur est mort d'une overdose au Château Marmont). Tout le film tourne autour de ce minimalisme, que ce soit la mise en scène, figée au possible (le film compte plusieurs plans séquences avec une caméra fixe), la technique (éclairage et photographie en particulier), et bien entendu le jeu des acteurs. ![]() Si le film aborde plusieurs thèmes, de l'amour filial salvateur, à la superficialité de l'argent, deux idées en particulier émergent de Somewhere: ![]() ![]() Mais si le film paraît plutôt dramatique, il n'est pas sans espoir. En effet le héros a la possibilité d'échapper à sa situation (contrairement aux sœurs Lisbon dans Virgin Suicides, voir même à dans Charlotte dans Lost in Translation). Si le choix n'est pas facile, autant d'un point de vue relationnel que professionnel, il est possible, et n'implique pas forcément un déni absolu ni de l'argent ni de son passé (le genre de message que le cinéma mainstream a l'habitude de nous marteler, aussi bien dans le cinéma français - cf. 99F- que dans le cinéma américain - comme dans Wall Street, l'argent ne dort jamais). Ainsi, le dialogue à propos de Twilight dans le film peut être lu à plusieurs niveaux: au premier degré comme un simple dialogue entre son père et sa fille, l'un découvrant les centres d'intérêt de l'autre. Au second degré, la sœur d'Elle Fanning, Dakota Fanning, jouant justement dans les films de la saga Twilight, et ce depuis le second épisode. Ensuite, lorsque l'on sait qu'il fut proposé à Sofia Coppola de tourner le blockbuster Twilight, chapitre IV : Révélation, on peut interpréter ce dialogue comme un choix de la part de la réalisatrice (même si la réalité est plus complexe) de ne pas se lancer dans un blockbuster afin de se consacrer à sa famille. Toujours dans le même genre d'idée, si Stephen Dorff n'a pas joué dans la saga Twilight, il n'en a pas moins incarné un vampire dans Blade. Là aussi, le message peut être lu comme un retour pour l'acteur à des films moins prestigieux mais plus riches humainement parlant. ![]() En recevant le Lion d'Or du Festival de Venise en 2010, Somewhere et sa réalisatrice Sofia Coppola ont soulevé la polémique. En effet, le prix a été remis par le président du jury, Quentin Tarantino, qui fut un temps le petit ami de la réalisatrice. Le prix a donc eu un relent de favoritisme, que bien évidemment le réalisateur de Pulp Fiction a totalement démenti. Il faut cependant préciser que Somewhere rentre totalement dans la lignée des films primés à Venise: un cinéma expérimental, loin des clichés Hollywoodiens, minimaliste au possible, et qui a en plus la particularité de montrer le côté sombre, déprimant, et parfois même vide de sens, du vedettariat. Si vous avez aimé Somewhere, vous aimerez aussi:
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Sofia Coppola signe avec Somewhere, après
Lost in Translation, son deuxième scénario original. Et dans les deux cas, étrangement, l'histoire tourne autour
de la solitude d'un acteur de renommée internationale, un acteur qui doit faire face au vide de sa vie avant qu'il ne soit trop tard. Mais, comme c'est souvent le cas, le premier jet était
plus réussi que le second, Lost in Translation étant bien plus fréquentable que Somewhere, et ce
malgré le Lion d'Or obtenu à Venise par celui-ci.
Somewhere, et en cela on ne peut que saluer le film de la jeune femme, se veut minimaliste au possible, en réaction au cinéma ultra friqué mais souvent creux de la production hollywoodienne actuelle. En cela, Somewhere est un film bien plus européen qu'américain, aussi bien dans sa facture que dans son approche thématique. Si le minimalisme n'est pas en soit rédhibitoire, surtout lorsqu'il est en harmonie absolue avec les émotions qui animent le personnage principal, il est cependant extrêmement dommage que ce qui anime le dit personnage est justement le vide absolu, qui se conclut par un ennui total de la part du spectateur. ![]() |