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![]() La momie est aujourd'hui considéré comme un classique du cinéma fantastique, à ranger aux côtés de films comme le Frankenstein de James Whale, l'homme invisible du même James Whale, le Dracula de Tod Browning, le loup-garou de George Waggner, ou bien encore King Kong de Merian C. Cooper et Ernest B. Schoedsack. En dehors de tous avoir été produits par Universal (en dehors de King Kong, produit par la RKO), ces films ont de nombreux points communs, comme en particulier une approche sérieuse du fantastique, des monstres romantiques, qui inspirent autant l'effroi que l'empathie. La momie a quand à elle bien failli ne pas connaître ce destin, puisque le film à l'origine n'avait pas grand chose à voir avec le résultat final. En effet, nulle momie à l'horizon dans le premier jet, mais un Cagliostro, voleur, menteur, alchimiste et immortel. Mais le studio se rend vite compte qu'à l'histoire et au montres manquent ce côté humain qui fait la différence. Le scénariste John L. Balderston est alors engagé pour réécrire l'histoire. L'homme est déjà un spécialiste du fantastique, puisqu'il est à l'origine de la pièce de théâtre Dracula, qui sera adapté quasiment à l'identique par Tod Browning en 1931, et qu'il est aussi scénariste du Frankenstein de James Whale. Il aura ainsi la brillante idée de remplacer Cagliostro par un Imhotep immortel lui aussi, mais dont l'origine fantastique ne fait aucun doute, le décorum scientifique par une magie ancestrale, et surtout le désir de vengeance qui animait le personnage par un amour transcendant le temps. Enfin, l'histoire surfera sur la mode égyptienne, due à la découverte dix ans plus tôt de la tombe de Toutankhamon, ainsi que sur la fameuse malédiction censé poursuivre les profanateurs de sa dernière demeure. ![]() Cependant, l'influence des deux films que sont Dracula et Frankenstein plane sur la momie. Tout d'abord au travers de ses acteurs. Puisque l'on retrouve David Manners et Edward Van Sloan dans des rôles pratiquement identiques à ceux qu'ils tenaient dans le Dracula de Tod Browning, tandis que Bela Lugosi refuse d'endosser le maquillage d'Imhotep. C'est donc la révélation de Frankenstein, Boris Karloff, qui le remplacera. Et à la réalisation, on retrouve Karl Freund, qui signe ici son premier film, mais dont le travail de directeur de la photographie (en particulier sur Dracula, mais aussi Metropolis) avait fait de lui un artiste de renom. Mais c'est surtout sur le personnage central, la momie Imhotep, que les ressemblances avec Dracula s'avèrent les plus frappantes. En effet, les deux personnages sont des morts-vivants, sortant du tombeau (d'un sarcophage ici) pour retrouver un être aimé, comme par hasard fiancé, ou tout du moins amoureux, du héros (dans les deux cas interprété par David Manners). De plus, les deux personnages sont très fortement teintés de romantisme. On peut aussi ajouter que dans les deux cas, les créatures sont des maîtres de l'hypnose, et partagent en sus les mêmes faiblesses, comme la peur des symboles religieux (la croix pour le vampire et les représentations d'Isis pour la momie). Enfin, les deux montres finissent en cendre (et reviendront dans de nombreuses suites, mais cela est une autre histoire). On pourrait presque parler de plagiat, voir de remake déguisé. ![]() Au casting on retrouve donc David Manners, qui fait preuve d'un manque de charisme à l'écran assez frappant, en particulier face à ses partenaires, que ce soit Edward Van Sloan, qui incarne de nouveau, après Dracula, un docteur spécialiste en sciences occultes, Zita Johann, et bien entendu Boris Karloff. Ce dernier est, et de loin, le plus charismatique de tout le casting, le film se vendant d'ailleurs uniquement sur son nom. Le fait est d'autant plus marquant qu'un an plus tôt à peine, l'acteur était totalement inconnu, n'était même pas véritablement crédité (un ? apparaît à la place de son nom), et a même changé son nom, passant de Karloff the Uncanny, voir simplement Karloff, au Boris Karloff qu'on lui connaitra ensuite. Zita Johann, quand à elle, ne connaitra qu'une courte carrière cinématographique, puisqu'alors qu'elle n'avait fait sa première apparition sur grand écran qu'un an plus tôt, en 1934 elle décidera de mettre un terme à sa carrière sur grand écran pour revenir à ses premiers amours, le théâtre. David Manners la suivra de peu puisque lui arrêtera le cinéma en 1936. D'ailleurs, les origines théâtrales de Zita Johann sont bien visibles dans la momie, son interprétation étant très nourrie de la scène, et rappele d'ailleurs le jeu outré du muet (une obligation pour pallier à l'absence de dialogues). Si l'actrice refusera à Karl Freund de jouer nue (les rapports houleux entre l'actrice et le réalisateur sont restés dans les annales), elle ne manque pourtant pas une occasion de jouer sur la suggestion, ses vêtements étant tout au long du film sur le point de révéler des parties de son anatomie que la décence posse habituellement à cacher. Le couple formé par David Manners et Zita Johann a bien du mal à fonctionner, autant d'un point de vue charisme, que d'un point de vue scénaristique (leur idylle est pour le moins tirée par les cheveux). ![]() Si Karl Freund signe ici son premier film, il soigne tout particulièrement l'image, son expérience de chef opérateur (et ce pour les plus grands, de Murnau à Browning, en passant par Fritz Lang, Abel Gance ou bien encore Lubitsch) aidant clairement. Il démontre d'ailleurs un sens réel de la mise en scène, et ce malgré quelques faux raccords flagrants (même si le cinéma de la première moitié du XXème siècle est plus riche en faux raccords que le cinéma moderne, débuts du cinéma oblige, ici certains passages sont gênants de ce point de vue là, aujourd'hui comme à l'époque). La direction d'acteurs, par contre, n'était visiblement pas son fort. Entre les faiblesses de jeu de certains de ses acteurs (y compris principaux) et les tensions entre lui et Zita Johann, une actrice qui quand à elle n'arrivera jamais à se faire à l'univers hollywoodien, la momie est tirée vers le bas par ce problème. A tel point que s'il n'y avait eu la performance de Boris Karloff, tout en finesse, mais dégageant énormément de choses, aussi bien la mélancolie, la puissance, le danger, le tout avec un jeu volontairement minimaliste, le film ne serait sans aucun doute jamais devenu le classique qu'il est aujourd'hui. Karl Freund se concentre donc essentiellement sur l'aspect technique de son film. Ainsi, pour accentuer l'effet donné par les visions du passé vues dans le bassin d'Imhotep (dont la plus grande partie fut finalement coupée au montage), le réalisateur utilisa des caméras utilisées à l'époque du muet, avec ce que cela implique d'accélération de l'image, et utilisa même des acteurs de cette période, comme James Crane, qui joue ici le pharaon. Le maquillage, l'éclairage, le jeu, tout est typique de cette période, pas si lointaine que cela. Mais l'effet se prête bien à la scène. Les décors aussi ont été tout particulièrement choyés, et plus particulièrement les parties égyptiennes. La momie est peut-être l'un des premiers films à montrer une Egypte certes fantasmée, mais relativement réaliste. ![]() ![]() Si le film est aujourd'hui considéré comme un classique, lors de sa sortie il fut boudé des spectateurs, et peu apprécié des critiques. Sans doute le parallèle trop évident avec les deux bombes que furent Dracula et Frankenstein y est-il pour quelque chose. Si vous avez aimé La Momie, vous aimerez aussi:
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La momie est un film à part. A la fois brillant techniquement (le maquillage de Boris Karloff est presque aussi
marquant que celui qu'il arborait dans Frankenstein) et décevant en terme de direction d'acteurs (mis à part
Boris Karloff, qui porte véritablement le film sur ses épaules), le premier film réalisé par le
chef opérateur Karl Freund peut en même temps être vu comme l'un des fleurons du cinéma fantastique américain, et paradoxalement comme un simple produit à
but purement mercantile, dont le seul but est de faire de l'argent (c'est ce que le producteur, Carl Laemmle Jr., a donné comme raison au tournage de ce film lorsque son actrice principale,
Zita Johann lui a demandé pourquoi il finançait le tournage d'un tel navet). Et, étrangement, les deux réponses sont justes!
Un film, quasi remake d'un Dracula datant pourtant de l'année précédente, qui divise encore les cinéphiles, quatre vingt ans après sa sortie au cinéma. Ce qui en soit prouve au moins une chose: la momie de Karl Freund est une œuvre mémorable du Septième Art. ![]() |