Histoire
Paul Atréides, l'héritier du Duché homonyme, luttant pour sa survie, après la trahison de l'un des siens, affrontant à
la fois les Harkonen et les dures conditions de vie de la planète Arrakis, ne s'arrête par à une simple histoire de guerre. Paul,
pressenti comme le Messie des Fremen, le peuple vivant sur Arrakis, commence à avoir des visions, visions allant à l'encontre des
visées du Bene Gesserit, l'ordre religieux faisant la pluie et la beau temps dans l'Empire. Empire en guerre pour l'Epice, mélange ne
pouvant être produit que sur la seule planète Arrakis, permettant à la fois le voyage dans l'Espace (que seule la Guilde des
voyageurs maîtrise) et la longue vie.
L'Empereur en personne se mêle à la guerre sans merci qui se déroule sur Arrakis. Mais de quel côté est-il? Surtout que
son représentant sur place, le docteur Kynes, semble être du côté des fremens. Les fremens, quand à eux, attendent le
Messie qui viendra les sauver de l'âpreté de leur vie. Mais ce messie est-il déjà là? Serait-ce Paul? A moins qu'il ne
s'agisse du mystérieux Liet?
Le Bene Gesserit est-il derrière tout cela? Maîtrisant la destiné de cette planète et de son peuple pour quelque dessein
inconnu?
Genése
Avant
Dune, l'auteur américain
Frank Herbert était vu comme un auteur
mineur de la Science-Fiction, au style pauvre, et aux idées quelques peu étranges. Ses romans et nouvelles, à base de phrases
courtes, sans aucune envolées lyrique ou descriptive, si chères aux critiques littéraires, souvent plus attirés par la forme
que par le fond. Lorsque sort le premier volume de ce qui devait initialement être une trilogie (
Dune,
Le Messie de Dune et
Les Enfants de Dune), en 1965, le regard que portent et les critiques et les lecteurs sur
Frank Herbert va totalement changer. Son roman est un tel condensé d'idées
qu'il est même difficile de tout appréhender en une seule fois. Malgré un nombre de pages somme toute relativement conséquent
(la preuve, en France le roman est coupé en deux parties), chaque mot est important. Un chapitre de
Dune est peut s'avérer aussi
riche qu'un roman entier. Non seulement en aventures (la science-fiction est encore vue comme une littérature d'Entertainment), mais aussi (et
surtout) en idées. Pour le coup, les critiques changeront leur fusil d'épaule, récompensant
Dune et son auteur
du Nebula et du Hugo, tous les deux dans la catégorie meilleur roman, les deux plus grosses récompenses littéraires de science-fiction
et fantasy, respectivement en 1965 et 1966. Et la légende
Dune ne faisait que commencer, le roman (et le cycle qui va avec) n'ayant fait
qu'augmenter depuis sa première parution.
Thèmes
D'une richesse rare,
Dune aborde quantité de sujets, et dans la majorité des cas, de façon très subtile et pertinente.
Les principales thématiques traitées par
Frank Herbert sont la religion, la
politique, la philosophie, la psychologie, la sociologie, et l'écologie, le tout avec une perspicacité et une avance sur son temps qui
force le respect.
La religion:
S'il est un sujet que l'auteur a su aborder de façon intelligente, c'est bien la religion, le rapport avec les hommes, et surtout celui au
pouvoir. Si à la lecture de
Dune le lecteur ne voit pas la force d'obscurantisme et de manipulation que peut représenter la religion
pour le peuple, c'est qu'il ne sait pas lire.... Et
Frank Herbert de ne pas pointer du doigt
une religion en particulier mais bien toutes, qu'elles soient majoritaires (le Bene Gesserit dans le livre, les grandes religions monothéistes
dans notre monde), ou minoritaires (la religion fremen, les "petites religions" dans le monde réel).
En même temps qu'il nous démontre la facilité avec laquelle les prêtres peuvent agir sur les croyants, l'auteur nous explique
pourquoi le peuple a besoins de croyances auxquelles s'accrocher. Peur de la mort, besoin d'une force pour supporter les tracs du monde, les raisons
peuvent être nombreuses, mais toujours elles sont compréhensibles. Et il est bien difficile en même de trouver mieux qu'un dieu pour
aider ceux qui sont dans le besoin.
Dans le roman, c'est bien sur le Bene Gesserit qui sert le plus les idées du romancier, avec son programme nommé ironiquement
Missionaria Protectiva, et visant à créer de toutes pièces de fausses croyances dans le coeur des peuples. Pour ne citer qu'un
exemple historique, le Vieux Sous la Montagne, chef de fil des haschischins, en faisant croire à ses hommes (grâce à l'usage de
haschisch, d'où leur nom) que s'ils mourraient pour Allah, ils se retrouveraient au paradis des croyants, a créé l'une des
premières sectes de suicidaires du monde moderne. Le nom assassin vient d'ailleurs du nom de leur secte. 1000 ans plus tard, cette méthode
est toujours d'actualité, malheureusement....
L'influence des religions judéo-chrétiennes se sent bien évidemment au travers de l'attente du Messie. Mais les religions asiatiques
ne sont pas oublié, au travers de la notion de cycle de l'univers, la vie précédent la mort, qui elle-même permet de nouveau
la vie. L'ancienne religion nordique, avec sa fin du monde nommée Ragnarok, aborde les mêmes thèmes.
La civilisation:
Dune est clairement une parabole de notre monde, présent mais aussi passé (et par conséquent futur). En nous décrivant
la décadence de fin de civilisation de l'Empire Galactique (tout comme le fait d'une autre façon
Isaac Asimov dans
Fondation),
Frank Herbert pointe du doigt l'inéluctabilité de la chute de toute
civilisation, aussi puissante soit elle (ou en tout cas qu'elle pense l'être).
De culture judéo-chrétienne,
Frank Herbert parsème bien évidemment
son chef d'oeuvre de nombreuses références directement piochées dans l'histoire de sa propre civilisation. Et plus
particulièrement en ce qui concerne le choc lié à la proximité avec une autre culture, et en particulier la civilisation
musulmane, pour laquelle
Herbert avait un grand respect.
Dune est d'ailleurs librement
inspirée de la vie de Lawrence d'Arabie, son héros Paul ayant le même genre de destin que le héros historique.
Le roman
Dune annonce clairement son influence musulmane, en utilisant tout au long de son récit de nombreux termes arabes.
La politique:
Roman éminemment politique (les amateurs d'actions ont d'ailleurs reproché au roman son manque apparent d'action),
Dune aborde
brillamment le problème du jeu mené entre les puissants, jeu bien souvent sanglant. La politique apparaît clairement comme une sorte
de jeu du siège musical, où tout le monde cherche à tricher, et où rien n'est réellement ce qu'il parait être,
mais où le nombre de places disponibles est clairement inférieur au nombre de personnes présentes dans la pièce. Celui qui
paiera le prix de ce jeu sera Léto, le père de Paul. Et ce jeu est tellement difficile que même l'homme qui à priori dirige
tout, l'Empereur, n'arrive que partiellement à imposer ce qu'il veut (ainsi, il ne voudrait pas voir mourir le vieux duc, mais il n'y peut rien).
L'auteur nous montre aussi que le nerf de la guerre, la raison de tous ces jeux de pouvoir, ce n'est autre que l'argent.
L'économie:
Où comment démontrer que les puissants de ce monde ne sont pas forcément ceux que l'on croit! Alors qu'il serait facile de penser
que les dirigeants des nations (ou l'Empereur de l'univers) sont ceux qui tirent les rênes, un minimum de réflexion permet de comprendre que ce
sont uniquement ceux qui ont de l'argent qui dirigent le monde.
Lorsque l'on remplace l'Epice par la matière première extraite du désert dans notre monde, le pétrole (les deux servent
d'ailleurs comme carburant), le roman prend une toute autre dimension, et la complexité du monde dans lequel nous vivons semble tout d'un
coup éclairé par les écrits d'
Herbert.
Le monde est dirigé par l'argent, et tout n'a qu'un seul but: faire encore plus d'argent. La seule question est de savoir à qui profite le
crime!
L'écologie:
Frank Herbert a fait de sa saga
Dune un plaidoyer pour l'écologie, et tout
particulièrement l'écologie planétaire, et ce presque 40 ans avant que l'on ne parle sérieusement de réchauffement
planétaire et autres catastrophes écologiques dues aux activités humaines. Les fremen sont pour l'auteur la voix (la voie?) de la
raison, vivant en paix avec la nature (pourtant hostile).
Dune est considéré comme le premier roman traitant d'écologie planétaire. En tout cas, s'il n'est pas le premier, il
en est certainement le plus marquant.
La manipulation génétique:
Les sorcières du Bene Gesserit, avec leurs sélections génétiques (à base d'enlèvement et de choix des sexes),
est une mise en garde contre les risques de cette pratique, encore une fois jamais sérieusément traitée avant
Dune. Lorsque l'on
voir que leur création, Paul, échappe à leur emprise, et devient totalement incontrôlable, on voit de quel côté
se trouve l'auteur. Le fait que Paul cherche à faire le bien n'est qu'un coup de chance, pourrait-on dire. Cela aurait très bien pu
être un autre que lui, comme cela sera plus clairement explicité dans
le second volume du roman.
Le reste de la saga, avec les gholas (clones) de Duncan Idaho, l'auteur poussera la réflexion encore un petit peu plus loin.
Le héros:
Ce qui intéresse l'auteur ici concerne plus particulièrement la naissance du héros, et plus précisement la naissance du
mythe. Comment d'un homme devient-on un dieu?
La littérature s'est penché sur le sujet pendant des siècles, des
chevaliers de la table ronde aux plus grandes
tragédies (
Racine,
Shakespeare,...). Tous ont apportés des réponses, mais rares sont ceux qui auront étudiés
le mécanisme aussi finement que
Frank Herbert. Car ce qui intéresse l'auteur, ce n'est
pas le mythe en soi mais bien la manipulation (réelle ou inventée) qui mène d'un statut à un autre. Jusqu'à, dans le
cas de Paul, devenir le messie d'un peuple.
Adaptations et influences
D'une richesse folle,
Dune aura marqué son époque. Et tous les arts populaires de venir piocher dans le chef d'oeuvre d'un auteur
devenu culte du jour au lendemain. Et les artistes s'intéressant à
Frank Herbert ne
sont pas que des inconnus, loin s'en faut:
Alejandro Jodorowsky, à deux reprises, se plongera dans l'univers de
Frank Herbert. La première dans ses B.D. de
la caste des metabarons (avec
Juan Gimenez), dont l'inspiration Dunienne est évidente (les barons, qui rappellent étrangement les maisons de la saga
Dune,
les soeurs qui semblent droit sorties du Bene Gesserit). La seconde fois, lors de la tentative d'adaptation, en 1975, du livre
d'
Herbert à l'écran. Avec des noms comme
Orson Welles et
H.G. Giger (
Alien) attachés au projet, cela avait de quoi faire saliver, mais malheureusement, le film ne se ferra finalement pas.

Ce sera
David Lynch qui portera le premier l'oeuvre de
Frank Herbert sur grand écran, en 1984, avec
Kyle MacLachlan dans le rôle
de Paul Atréides. Fortement critiqué, le film n'en reste pas moins visuellement marquant et mené par une brochette d'acteurs de
qualité.

En 2000 un téléfilm verra le jour, qui entraînera une suite,
les enfants de Dune.
Hayao Miyazaki, le mankaga, s'est de son côté fortement inspiré de
Dune pour son
Nausicaä de la vallée du vent, en particulier pour tout ce qui concerne l'écologie planétaire.
Matrix d'une certaine façon aussi paie son influence à
Dune, au travers
de son utilisation du messie libérateur, ainsi que de sa vision du surhomme.

La série
Star Trek aussi, avec ses vulcains, puise ses idées dans l'oeuvre de
Frank Herbert. En effet, les vulcains (et tout particulièrement Mr Spock), tout comme
les membres du Bene Gesserit, font totalement abstraction de leur sentiments (comme le font aussi les mentat), et se retrouvent ainsi capable de
réfléchir plus pertinemment et de trouver des solutions à des problèmes autrement insolubles.

Même
George Lucas s'est
inspiré de
Dune pour son univers de
Star Wars. L'homme reconnaît avoir
pioché certaines idées dans l'oeuvre de l'écrivain (on peut d'ailleurs entrevoir dans le
premier épisode de la saga un squelette qui pourrait être celui d'un ver
des sables). La planète Tatouine, où vit Luke, ressemble d'ailleurs étrangement à Arrakis, la planète des sables. On
peut même trouver de troublantes ressemblances entre l'ordre des Jedi et le Bene Gesserit.

Côté littérature
Robert Jordan et son cycle de
la roue du temps est
visiblement très influencé de l'oeuvre de
Frank Herbert.

Enfin, citons le propre fils de l'auteur,
Brian Herbert qui a écrit de nombreux romans
dans le monde de
son père (plus que ce dernier d'ailleurs).
De plus, il existe au monde un jeu de rôle s'inspirant de l'univers de
Dune, ainsi que de nombreux jeux de société, des jeux
de cartes, des jeux vidéos (le jeu
dune II est d'ailleurs le premier jeu de type stratégie en temps réel).
Même le monde de la musique puise son inspiration dans
Dune. Par exemple, le groupe de Metal
Iron Maiden a une chanson, titrée
to tame a land, sur l'album
piece of mind, racontant l'histoire de Paul. Il existe aussi un groupe de rock se nommant Bene Gesserit.
Enfin, une nouvelle version cinématographique de
Dune est en cours de préparation.
Est-il utile de préciser que lire ce roman est une obligation pour tout lecteur de S-F?
Litanie contre la peur du rituel Bene Gesserit.
Je ne connaîtrai pas la peur, car la peur tue l'esprit. La peur est la petite mort qui conduit à l'oblitération totale.
J'affronterai ma peur. Je lui permettrai de passer sur moi, au travers de moi. Et lorsqu'elle sera passée, je tournerai mon œil intérieur
sur son chemin. Et là où elle sera passée, il n'y aura plus rien. Rien que moi.