
Ceux qui ont déjà lu du
Robin Hobb seront en terrain connu lorsqu'ils liront cette nouvelle saga de l'auteur. Il y a en effet
du FitzChevalerie dans Jamère, l'histoire étant qui plus est racontée à la première personne, comme
le cycle de l'assassin royal, on y retrouve de plus les
thèmes majeurs chers à l'auteur, comme le retour à la nature, l'amour des animaux, la quête initiatique, l'éloignement des siens (conjointement à un honneur
familial poussé), ou bien encore la violence comme étant la solution des faibles.
Si
le cycle du soldat chamane pioche allègrement dans
l'assassin royal, on y retrouve aussi une pointe de son
Dieu dans l'ombre, au travers de cette entité de la nature qui va guider Jamère vers un destin à priori
inverse de celui prévu de par sa naissance et son appartenance à sa nation; une once des
aventuriers de la mer, où une nouvelle noblesse se voit opposée à
une vieille noblesse, là où
les aventuriers de la mer montrait la lutte entre Anciens et Nouveaux Marchands (avec ici une inversion des valeurs, le héros étant issu
de la nouvelle noblesse).
Chez
Robin Hobb, le héros doit pratiquement toujours lutter contre les siens, voir même parfois contre sa propre famille, afin
d'aider la nature à retrouver la place qui est sienne, quitte à sacrifier sa carrière, ses amours, son univers. La Nature est malade à cause de l'homme, et seul un homme
pourra inverser cette tendance. Un homme de l'ombre, insignifiant, nous en d'autres thermes. C'est d'autant plus flagrant dans cette histoire, et plus encore si l'on est américain. En effet,
la période historique de ce cycle ressemble à s'y méprendre au XVIIIème siècle, et le monde aux Amériques, où les indiens se voient chassés par
des colons et perdre jour après jour toutes leurs racines, ce qui entraîne irrémédiablement la mort de toute une race. De plus l'industrie naissance arrive et cause à
la Nature des maux irréparable.
Le seigneur des anneaux de
J.R.R. Tolkien aborde aussi ce thème, et ce d'une façon pratiquement identique.
Et, comme souvent chez
Robin Hobb, le roman prend la forme d'un récit initiatique, visant à faire prendre conscience au
héros de son destin.
La déchirure n'échappe par à la règle, bien au contraire, il en est même l'exemple le plus démonstratif, puisque l'on y
retrouve un entraînement physique (l'école de la Cavalla) et un autre spirituel (les songes de la femme arbre), deux enseignements qui vont vite s'avérer contradictoire. Notre
héros devra faire un choix. Un choix que l'on devine aisément dès les premières pages, malheureusement, tant la trame scénaristique est évidente.
Car si l'auteur sait créer une ambiance, et rendre un livre d'heroic-fantasy intéressant sans pour autant faire appel à la magie démonstratives ou aux combats
héroïques, rappelant en cela un auteur comme
Ursula Le Guin et son
cycle de Terremer, elle peine par contre ici à trouver une voie véritablement originale, le lecteur ayant toujours quelques
chapitre d'avance sur les événements.
A noter que la version originale ne forme qu'un seul roman avec sa suite en français,
le cavalier rêveur:
Shaman's Crossing.