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La Porte Obscure.
Second roman de
Philip K. Dick, après
Loterie solaire, sorti l'année précédente,
les chaînes de l'avenir est un condensé du talent de l'auteur. Arrivant à traiter de sujets graves (le nazisme, le communisme,
et de façon plus générale le totalitarisme) sous couvert de "simples" aventures de science-fiction,
Philip K. Dick plonge le lecteur dans un futur proche (ce qui deviendra l'une de ses marques
de fabrique), très sombre, où la civilisation humaine est sur le point de s'écrouler, suite à une guerre mondiale
dévastatrice. L'une des conséquences majeures de cette guerre en est l'apparition de mutants (ce thème sera l'un des plus
traités par
Philip K. Dick). Tandis que la majorité des mutants sont de pauvres
êtres, ayant au mieux du mal à survivre (et devant s'exposer dans des foires), au pire devant carrément être pris en charge par
le gouvernement (même si dans ce cas particulier, le gouvernement s'avèrera être pour beaucoup dans leur état). Mais un mutant
bien particulier apparaît, Floyd Jones, doté du pouvoir de voir l'avenir. Par lui un nouvel ordre mondial naitra. Mais sera-t-il meilleur
que l'ancien?
En plus de traiter des thèmes qui deviendront récurrents chez lui (comme la guerre finale, et forcément atomique, les mutations,
la civilisation ne tenant plus qu'à un fil)
Philip K. Dick s'intéresse aussi
ici à quelques autres grands thèmes de la science-fiction, comme par exemple l'invasion extra-terrestre. Impossible de ne pas penser
à
la guerre des mondes, d'
H.G. Wells lorsque l'on parle d'invasion d'êtres
venus d'ailleurs, mais
K. Dick arrive à faire de ses dériveurs quelque chose de
totalement nouveau, et surtout de surprenant. Rien que pour son approche de l'invasion E.T.
les chaînes de l'avenir se doit d'être lu
(en particulier si l'on est fan du genre).
Dick traite aussi d'un autre thème dans son roman, un thème rarement
traité: la panthropie. Il s'agit de l'adaptation (de façon génétique) de l'homme à un environnement qui lui est
hostile, et en particulier d'autres planètes. L'inverse de la terraformation, qui elle consiste à adapter une planète aux besoins de
l'homme. Un autre exemple du traitement de la panthropie en littérature de science-fiction est le cycle
d'
Hypérion, de
Dan Simmons.
Dans un cas comme dans l'autre, l'étrangeté de ces nouveaux hommes les écarte de leur pourtant frères.
Tandis que dans la grande majorité des oeuvres post-apocalyptiques, la civilisation humaine (bien souvent américaine d'ailleurs) est
tombée, ici elle a survécu à la bombe, et même si la vie est (très) dure, l'avenir est envisageable. En tout cas
l'était avant l'arrivée et des dériveurs et de Jones. Ce dernier, ainsi que le mouvement qui en découle, le jonesisme, ne
sont pas sans rappeler les grands courant totalitaires de l'époque, à savoir le nazisme (le culte de la personnalité, le despotisme)
et le communisme (la recherche affichée du bonheur du peuple, la jeunesse au pouvoir, mais aussi les camps de travail), montrant bien là
que quelle que soit les intentions (réelles ou affichées) des révolutionnaires, le remède est bien souvent pire que le mal.
Considéré parfois comme l'antithèse thématique du
profanateur,
sorti la même année, du même
Philip K. Dick,
les chaînes de l'avenir, moins connu qu'un
Ubik, n'en reste pas moins un ouvrage important de la très nombreuse bibliothèque dickienne. Et qui a l'avantage d'être beaucoup moins simple
que ce que à quoi l'on peut s'attendre.