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Academy of Science Fiction, Fantasy & Horror Films |
catégorie |
Année | Film
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meilleur film fantastique | 1994 | |
meilleure musique | 1994 | Danny Elfman |
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Academy of Science Fiction, Fantasy & Horror Films |
catégorie |
Année | Film
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meilleur réalisateur | 1994 | Henry Selick |
meilleurs effets spéciaux | 1994 | Ariel Velasco-Shaw, Eric Leighton, Gordon Baker |
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Golden Globes |
catégorie |
Année | Film
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meilleure musique | 1994 | Danny Elfman |
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Oscars |
catégorie |
Année | Film
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meilleurs effets visuels | 1994 | Pete Kozachik, Eric Leighton, Ariel Velasco-Shaw, Gordon Baker |
![]() Début 1980, Tim Burton, qui travaille alors pour Disney, écrit un poème de trois pages sur un épouvantail qui décide de fêter son propre Noël. Disney pense alors à en faire un court métrage d'une trentaine de minutes, comme ce fut le cas pour Frankenweenie. Ce film serait alors diffusé à la télévision pour les fêtes de Noël. Mais un désaccord met fin à la collaboration ente le cinéaste et le studio. Tim Burton voit ensuite sa carrière prendre son envol, avec des films comme Beetlejuice et Edward aux mains d'argent. Début 1990, soit une dizaine d'années après l'écriture de son poème, le réalisateur se rend compte que Disney possède toujours les droits sur l'histoire. Il relance le studio, et les deux parties tombent d'accord pour cette fois-ci tourner un film au format long métrage. Il devient nécessaire de revoir totalement le traitement prévu jusqu'à présent. Le réalisateur fait appel à Michael McDowell, avec qui il avait collaboré sur le scénario de Beetlejuice, et c'est ce dernier qui propose d'en faire une comédie musicale. L'idée séduit Tim Burton, qui pense inévitablement à son compositeur fétiche, Danny Elfman, qui accepte bien entendu de travailler sur le film. Vient ensuite Caroline Thompson pour finaliser le scénario, mais cette dernière ne travaillera finalement que très peu sur le scénario. Tim Burton s'attèle ensuite à la conception graphique, avec l'aide de Rick Heinrichs. Le film sera réalisé en stop motion et en slow motion, deux méthodes de filmages image par image, demandant beaucoup de temps et de patiente. Or, Tim Burton n'a pas le temps, ni la patiente pour tourner avec cette méthode. Il décide alors d'abandonner la réalisation, se concentrant sur ses tâches de producteur et de scénariste. De plus, il est engagé sur une autre production, elle aussi très coûteuse en temps, Batman, le défi, suite du Batman qu'il avait tourné en 1989. C'est à Henry Selick que Tim Burton confie la tâche de le succéder à la réalisation du film. L'homme est lui aussi un ancien animateur de chez Disney, et Tim Burton sait qu'il peut avoir confiance en lui pour respecter la vision et l'univers qu'il a créés pour l'étrange Noël de Monsieur Jack. A partir de 1991 commence alors la production de la partie animation, qui durera deux ans, et demandera la présence de 100 personnes, le film étant le premier à être totalement filmé en stop motion. A partir de là, Tim Burton ne viendra plus que cinq fois, pour une dizaine de jours de présence au total, laissant Henry Selick seul maître à bord, lui même tournant durant ce temps Batman, le défi, puis commençant la pré-production de son film suivant, Ed Wood. Quoique absent, l'ombre du cinéaste planera tout de même du le film. En plus de l'indéniable Burton touch que possède le film, le réalisateur, ici en tant que producteur décidera de supprimer la voix-off prévue sur le film, et déjà enregistrée par le pourtant excellent Patrick Stewart. Il avait d'ailleurs à l'origine prévu de donner ce rôle à son idole, Vincent Price (auquel il avait rendu hommage dans son premier court, le bien nommé Vincent), mais la maladie de celui-ci rendit la chose impossible. ![]() Danny Elfman, qui effectue ici le travail qu'il a toujours considéré comme ayant été le plus facile de sa carrière, se réserve même le droit de chanter. Et pas n'importe quel rôle: ni plus ni moins que le personnage principal, Jack Skellington. Il faut dire que l'acteur tenant le rôle de l'épouvantail, Chris Sarandon (Vampire, vous avez dit vampire), n'arrivait pas à chanter de façon satisfaisante, contrairement au compositeur. Danny Elfman composera au final une dizaine de chansons pour le film. En 2006, Disney ressortira une version 3D du film, et les titres écrits par Danny Elfman seront repris par des chanteurs plus modernes, tels que Marylin Manson ou encore Fall out boys. Cette nouvelle version connaîtra elle aussi le succès, y compris dans les rayons des disquaires. Mais revenons au film de 1993. L'histoire est typique de l'univers de Tim Burton, en tout cas l'univers qui était le sien en ce XXème siècle, avec un héros marginal (comme celui incarné par Johnny Depp dans Edward aux mains d'argent, ou bien encore celui tenu par Michael Keaton dans Beetlejuice), un univers poético-macabre (proche de celui de l'auteur favori du cinéaste, Edgar Allan Poe), ainsi qu'un amour des fêtes (Halloween est la fête favorite de l'artiste, et Noël est présent dans nombre de ses films, en passant par Batman, le défi dont les cadeaux empoisonnés ne sont pas sans rappeler ceux de l'étrange Noël de Monsieur Jack). La tolérance, thématique que l'on retrouve bien souvent chez Tim Burton, est aussi au centre de l'étrange Noël de Monsieur Jack. Contrairement au racisme, certains critiques voyant dans le personnage d'Oogie Boogie un message ségrégationniste. Rien n'est plus faux, car s'il est vrai que le seul véritable méchant de l'histoire se veut inspiré d'un noir (Cab Calloway en l'occurrence), et qui est de plus doublé par un acteur noir (Ken Page), le personnage est avant tout un hommage au travail effectué par Cab Calloway, en particulier dans le dessin animé de Betty Boop. Oogie Boogie, s'il représente bel et bien un pan de notre société, symbolise en fait le pouvoir de l'argent, et l'impact négatif qu'il peut avoir su les fêtes en général, Halloween et Noël en particulier. Clairement animé de bonnes intentions, Jack Skellington (un mélange de skeleton -squelette en anglais- et de Jack O'lantern -la citrouille d'Halloween aux U.S.A.) cherche à faire de son Noël une fête différente de celle du "Perce-Oreille", mais où les enfants prendraient plaisir de leurs cadeaux. Le film prouve qu'il n'est pas facile de faire plaisir, ce qui plait à l'un peut ne vraiment pas plaire à un autre. Et pourtant, l'intention y est. L'incompréhension et le regard des autres, un thème on ne peut plus cher à Tim Burton (si un film comme Charlie et la chocolaterie est bien Burtonien, c'est bien sur ce point là). ![]() L'étrange Noël de Monsieur Jack a connu un succès non négligeable, non seulement lors de sa sortie en salle, mais aussi (et surtout) en thermes de produits dérivés. Les parcs d'attraction Disney en ont fait l'une de leurs attractions phares, avec des animations, surtout en période d'Halloween, tournant autours du film. Le merchandising aussi a connu, et connaît encore, un succès monstre, et a même influencé certains pans de la sous-culture occidentale, en particulier le mouvement gothique. En 2005, un jeu vidéo est même sorti sur le thème. Au cinéma aussi l'on retrouve des références à l'étrange Noël de Monsieur Jack, certaines mêmes avant que le film ne soit lancé, comme le serpent monstrueux de Beetlejuice, première tentative de Tim Burton pour faire apparaitre à l'écran les personnages qu'il avait créés quelques années auparavant. Jack Skellington apparaît ainsi dans d'autres productions, soit de Selick, soit de Burton, les deux hommes ayant beaucoup d'affection pour le petit épouvantail filiforme. Et pourtant, en son temps, Disney a connu quelques réticences à sortir le film "au grand jour", préférant le confier à sa branche spécialisé dans les films adultes, Touchstone Pictures. Le studio craignait que le film n'effraie les enfants, et n'attire que des adultes. Ce fut exactement le contraire qui se passa, le film ayant avant tout du succès auprès des (très) jeunes. Et personne n'a jamais trouvé que les héros du film d'Henry Selick faisaient peur, bien au contraire, les enfants adorant les gentils monstres. Tandis que tous applaudissent à la réussite du film, l'étrange Noël de Monsieur Jack se fait voler l'Oscar des meilleurs effets visuels par Jurassic Park, le film de dinosaures de Steven Spielberg. De même pour l'Hugo. Pas de chance, car le travail des animateurs et des concepteurs visuels est excellent, et a véritablement marqué l'imagerie populaire; les trois mondes visités sont un rendu à la fois totalement différente les uns des autres et sont pourtant d'une cohérence visuelle absolue: monochromatique et expressionnisme pour Halloweentown, avec ses formes tordues et tout en pointes, colorées et ronde pour le monde de Noël, et tout en angle, en alignement et en ton pastels pour le monde réel. Un véritable chef d'oeuvre visuel. |