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Histoire de la laideur



 
Histoire de la laideur, Editions Flammarion

Auteur

Umberto Eco

 

Genre

Essai
 

Année de sortie

2007
 

Résumé


 
En apparence, beauté et laideur sont deux concepts qui s'impliquent mutuellement, et l'on comprend généralement la laideur comme l'inverse de la beauté, si bien qu'il suffirait de définir l'une pour savoir ce qu'est l'autre. Mais les différentes manifestations du laid au fil des siècles s'avèrent plus riches et plus imprévisibles qu'on ne croit. Or voici que les extraits d'anthologie ainsi que les extraordinaires illustrations de ce livre nous emmènent dans un voyage surprenant entre les cauchemars, les terreurs et les amours de près de trois mille ans d'histoire, où la répulsion va de pair avec de touchants mouvements de compassion, et où le refus de la difformité s'accompagne d'un enthousiasme décadent pour les violations les plus séduisantes des canons classiques. Entre démons, monstres, ennemis terribles et présences dérangeantes, entre abysses répugnants et difformités qui frôlent le sublime, freaks et morts-vivants, on découvre une veine iconographique immense et souvent insoupçonnée. Si bien que, en trouvant côte à côte dans ces pages laideur naturelle, laideur spirituelle, asymétrie, dissonance, défiguration, et mesquin, lâche, vil, banal, fortuit, arbitraire, vulgaire, répugnant, maladroit, hideux, fade, écœurant, criminel, spectral, sorcier, satanique, repoussant, dégueulasse, dégradant, grotesque, abominable, odieux, indécent, immonde, sale, obscène, épouvantable, terrible, terrifiant, révoltant, repoussant, dégoûtant, nauséabond, fétide, ignoble, disgracieux et déplaisant, le premier éditeur étranger qui a vu cette œuvre s'est exclamé : "Que la laideur est belle !"

 

Avis

Note :
 
Exemple des réjouissances que l'on retrouve dans l'Histoire de la laideur d'Umberto Eco Umberto Eco, toujours en association avec la Musée du Louvre, et après avoir étudié la beauté à travers l'histoire occidentale dans son histoire de la beauté, s'attaque cette fois-ci à son pendant direct: la laideur.
Si à priori, la laideur peut sembler universelle, l'auteur nous démontre que non seulement ce n'est pas le cas, mais qu'en plus, au sein d'une même culture, cette notion de laid peut changer d'un individu à l'autre. Tout comme dans son histoire de la beauté, Umberto Eco remonte l'histoire occidentale (période gréco-romaine, moyen-âge, Renaissance, XIXème, première et seconde moitié du XXème siècle), et décrypte -dans la mesure du possible- le rapport de chaque période au laid, et ce que cela implique non seulement dans leur vision de la beauté, mais aussi leur compréhension et leur vision du monde (les monstres des cartes de la fin du Moyen-âge, symbolisant la peur de l'inconnu, par exemple).
L'auteur se focalise essentiellement sur les périodes et les civilisations qu'il connait le mieux, à savoir le Moyen-âge (sa spécialité professionnelle), l'Italie (son pays), le XXème siècle (son époque). Si l'on peut faire un reproche à ce magnifique livre, c'est que le sujet est tellement vaste que forcément, même dans ses parties les plus détaillées, il reste survolé. Il faut dire que traiter la laideur dans une approche complète aurait demandé un nombre phénoménal de tomes, tant le sujet est d'une richesse insondable. D'autant plus qu'il n'a pour ainsi dire jamais été traité.
Umberto Eco nous explique que la laideur a plusieurs visages, répondant chacun à un penchant de l'être humain:
le mal. C'est sans doute l'idée la plus communément véhiculée par le laid. Qu'il soit symbolique, comme le diable, ou bien réel, comme le nazisme (ou les images de guerre de façon plus générale), la symbolique du laid/mal se retrouve dans toute l'histoire, et pas seulement l'histoire récente.
la peur de l'inconnu, de l'autre. Que ce soit au Moyen-âge avec ses créatures étranges ou dans notre passé récent, avec ses représentations caricaturales de juifs par exemple, là aussi le laid va venir marquer l'imaginaire collectif de façon symptomatique.
l'étrange. Que ce soit les monstres de foire (femmes à barbe, homme troncs, nains, ...), les expositions anatomiques si chères au XIXème siècle, ou bien encore les pendaisons publiques, le goût pour le macabre et le différent (dans tout ce qu'il a de plus repoussant) a toujours là aussi été très représentatif de chaque époque.
Et de nos jours, ce rapport à la laideur de se compliquer. Avec d'un côté des Picasso aux personnages tordus mais représentatifs paradoxalement de la beauté, et de l'autre des mouvements, comme le mouvement gothique ou le camp, qui poussent l'attrait pour le morbide et le laid au rang d'art, le rendant paradoxalement d'une certaine façon beau. On pourrait aussi parler de l'image de la femme anorexique, symbole à la fois de la beauté (les mannequins) et de l'horreur.
 
Si cet essai aurait mérité d'être deux ou trois fois plus gros (d'autant plus qu'il est d'une lisibilité extrême), il a toutefois le mérite d'aborder une thématique rarement étudiée, et ce d'un point de vue très neutre, sans partie pris, avec même quelques pointes d'humour, comme Umberto Eco sait si bien le faire. A livre à conseiller à tous ceux qui désirent en comprendre un petit peu plus sur le rapport complexe de l'homme avec le laid, et donc forcément le beau.

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