Umberto Eco, toujours en association avec la Musée du Louvre, et après avoir étudié la beauté à
travers l'histoire occidentale dans son
histoire de la beauté, s'attaque cette fois-ci à son pendant direct: la
laideur.
Si à priori, la laideur peut sembler universelle, l'auteur nous démontre que non seulement ce n'est pas le cas, mais qu'en plus, au sein d'une même culture, cette notion de laid
peut changer d'un individu à l'autre. Tout comme dans son
histoire de la beauté,
Umberto Eco remonte l'histoire occidentale (période gréco-romaine, moyen-âge, Renaissance, XIXème, première
et seconde moitié du XXème siècle), et décrypte -dans la mesure du possible- le rapport de chaque période au laid, et ce que cela implique non seulement dans leur
vision de la beauté, mais aussi leur compréhension et leur vision du monde (les monstres des cartes de la fin du Moyen-âge, symbolisant la peur de l'inconnu, par exemple).
L'auteur se focalise essentiellement sur les périodes et les civilisations qu'il connait le mieux, à savoir le Moyen-âge (sa spécialité professionnelle), l'Italie
(son pays), le XXème siècle (son époque). Si l'on peut faire un reproche à ce magnifique livre, c'est que le sujet est tellement vaste que forcément, même dans
ses parties les plus détaillées, il reste survolé. Il faut dire que traiter la laideur dans une approche complète aurait demandé un nombre phénoménal de
tomes, tant le sujet est d'une richesse insondable. D'autant plus qu'il n'a pour ainsi dire jamais été traité.
Umberto Eco nous explique que la laideur a plusieurs visages, répondant chacun à un penchant de l'être humain:

le mal. C'est sans doute l'idée la plus communément véhiculée par le laid. Qu'il soit symbolique, comme le diable, ou bien
réel, comme le nazisme (ou les images de guerre de façon plus générale), la symbolique du laid/mal se retrouve dans toute l'histoire, et pas seulement l'histoire
récente.

la peur de l'inconnu, de l'autre. Que ce soit au Moyen-âge avec ses créatures étranges ou dans notre passé récent,
avec ses représentations caricaturales de juifs par exemple, là aussi le laid va venir marquer l'imaginaire collectif de façon symptomatique.

l'étrange. Que ce soit les monstres de foire (femmes à barbe, homme troncs, nains, ...), les expositions anatomiques si chères
au XIXème siècle, ou bien encore les pendaisons publiques, le goût pour le macabre et le différent (dans tout ce qu'il a de plus repoussant) a toujours là aussi
été très représentatif de chaque époque.
Et de nos jours, ce rapport à la laideur de se compliquer. Avec d'un côté des Picasso aux personnages tordus mais représentatifs paradoxalement de la beauté, et de
l'autre des mouvements, comme le mouvement gothique ou le camp, qui poussent l'attrait pour le morbide et le laid au rang d'art, le rendant paradoxalement d'une certaine façon beau. On pourrait
aussi parler de l'image de la femme anorexique, symbole à la fois de la beauté (les mannequins) et de l'horreur.
Si cet essai aurait mérité d'être deux ou trois fois plus gros (d'autant plus qu'il est d'une lisibilité extrême), il a toutefois le mérite d'aborder une
thématique rarement étudiée, et ce d'un point de vue très neutre, sans partie pris, avec même quelques pointes d'humour, comme
Umberto Eco sait si bien le faire. A livre à conseiller à tous ceux qui désirent en comprendre un petit peu plus sur
le rapport complexe de l'homme avec le laid, et donc forcément le beau.