Ces conversations entre l'auteur de quelques uns des plus grands chefs d'oeuvre de la littérature du science-fiction du XXème siècle
(
le maître du Haut-Château,
Ubik) et la journaliste (et proche amie de l'écrivain)
Gwen Lee ne peut que laisser
un goût amer dans la bouche de tous les amateurs de
Philip K. Dick. En effet, savoir que
l'auteur allait s'éteindre seulement deux mois après cette série d'entretien, alors même qu'il s'apprêtait à
voir enfin sorti un de ses romans au cinéma (le
Blade Runner de
Ridley Scott), ne peut qu'avoir un effet déprimant. Surtout que les
idées qu'il présente ici pour son prochain roman (qui ne verra donc jamais le jour) sont tout bonnement parmi les plus géniales de
sa carrière (elles ne sont pas sans rappeler l'excellent
l'étoile et le fouet de
Frank Herbert, écrit une dizaine d'années plus tôt). Dans ce roman promis,
tout
Dick est là des extra-terrestres, dieu (les premiers et le second étant
d'une proximité que seul l'auteur du
dieu venu du Centaure pouvait imaginer), la mort, la transcendance mystique, etc. En quelque sorte un
condensé de la carrière de l'homme en un seul livre.
L'esprit bouillonnant de l'auteur (et quelques fois aussi brouillon) entraîne le lecteur, au travers de ces entretiens, à suivre la logique
souvent tortueuse (et torturée) d'un des penseurs les plus borderline de la littérature américaine. Sa schizophrénie est
toujours omniprésente, et explique d'ailleurs nombre de ses idées, en particulier sur dieu et la paranoïa présente dans pratiquement
tous ses romans. A plusieurs reprises, au cours des entretiens, on sent sa santé mentale vaciller, et plusieurs fois on comprend que
Philip K. Dick, comme tous les grands génies, a toujours été sur le point
de sombrer définitivement dans la folie.
Chez lui, une des formes de sa folie se voit au travers de sa boulimie d'écriture. Capable de rester des mois (voir des années) sans
écrire un mot, il pouvait se lancer d'un coup d'un seul dans une période d'écriture hystérique, allant jusqu'à oublier
de manger et de dormir. Le résultat est alors inéluctable: a la fin de son roman, l'homme tombe au mieux dans la dépression, au pire
dans la maladie (comme ce fut le cas lors de la sortie de
la Transmigration de Timothy Archer).
Philip K. Dick aborde aussi son rapport à Dieu. Complexe, ambigu, sa fois est un
mélange de croyance et d'interprétation absolument délirante (où là encore la schizophrénie explique beaucoup
de choses).
Paranoïaque, charismatique, extrêmement attiré par les femmes (l'entretien commence par un
Philip K. Dick demandant à la jeune femme qui l'interview si elle désire coucher
avec lui, car de son côté il en meurt d'envie), toujours passionnant, l'auteur que nous présente ces lignes est presque plus
intéressant que l'auteur légendaire que nombre de personnes voient en
Philip K. Dick.
Un livre qui se lit très vite, mais où l'on apprend beaucoup sur cet auteur, l'un des plus importants de la Science-Fiction moderne.