
Comme de nombreux auteurs, que ce soit dans le milieu de la science-fiction ou du mainstream, il est possible de reprocher à
Philip K. Dick d'écrire encore et toujours la même histoire, ou en tout cas
de toujours tourner autours des mêmes thématiques. Mais il le fait avec un talent tel que le lecteur en redemande à chaque fois.
Dans
l'oeil dans le ciel il est question de déformation de la réalité (comme dans
les pantins cosmiques par exemple, ou bien comme dans
Ubik, pour n'en citer
que deux). Le héros, Jack, suite à un accident, se retrouve projeté dans une réalité qu'il ne reconnait pas. Et cette
réalité s'avérera vite être un véritable cauchemar. Cauchemar dont on ne se réveille pas. Ou en tout cas pas
facilement. Le roman, nimbé au dernier point du sceau de la paranoïa (d'autant plus qu'il y est question de chasse aux
sorcières/communistes, en pleine période noire des Etats-Unis). L'auteur, dans les phases les plus aigues de sa schizophrénie, était
lui aussi atteint de paranoïa aigue, avec une pointe de religiosité exacerbée. La religion, justement, tient un rôle
prépondérant dans ce roman. Non seulement Dieu est au centre du (premier) monde cauchemardesque dans lequel se retrouve notre héros,
mais aussi au travers de l'influence divine qu'à l'homme derrière le cauchemar. Et
Philip K. Dick de rejoindre
Jean-Paul Sartre (mais en avance de près d'une
décennie) en annonçant: "L'enfer c'est les autres".
Rarement un roman n'aura su montrer le mur infranchissable (et qu'il ne faut surtout pas franchir) qu'il existe entre les différents êtres
humains. En effet, si l'on savait ce que pense l'autre, nous serions terrorisés. Autrement dit, un être humain est toujours seul, même
au milieu d'une foule de proches.
De la S-F bien noire, sous des dehors à priori purement divertissant. Comme bien souvent chez
Philip K. Dick, décidemment l'un des auteurs les plus intéressants du
XXème siècle.
Même si l'on peut reprocher à
l'oeil dans le ciel une forte ressemblance avec
Ubik, oeuvre beaucoup plus connue de l'auteur
(mais pourtant écrite 12 ans plus tard), il n'en reste pas moins qu'il s'agit de l'un des textes les plus intéressants de
Philip K. Dick, car sachant mélanger S-F divertissante et réflexion
philosophique, morale et politique (voir même religieuse).
On peut cependant reprocher une chose au roman: alors que tous les personnages ayant été victimes de l'accident changent dans les
différents univers parallèle, le héros, Jack, est le seul à ne subir aucune transformation, et ce sans explication. Comme
si l'univers entier se liguait contre lui tout particulièrement, ce qui n'est pas le message du roman. Mais ce détail, comme toute mineur,
ne vient aucunement gâcher le plaisir que l'on peut prendre à lire ce roman fascinant. Roman qui se termine sur une fin ouverte. //SPOILER//
Sont-ils sortis du cauchemar? Ou bien se retrouvent-ils de nouveau coincés dans la psyché de l'une des victimes de l'accident de Bévatron?
Sont-ils maintenant dans le monde de Jack, tant tout semble être fait pour qu'il soit heureux? //FIN SPOILER// .
Un grand roman de
Philip K. Dick