
L'essai historique sur la criminalité new-yorkaise d'
Herbert Asbury a été un best-seller dans son pays
d'origine lors de sa sortie, à la fin des années 20. Il faut dire que l'auteur y traitait d'une période peu connue de l'histoire de la ville (et des Etats-Unis), et ce
avec une plume plaisante à lire. Les lecteurs y découvrent une ville livrée au vice et à la débauche, ou les gangs font la loi, où les politiciens
sont tous plus corrompus les uns que les autres, et où la police y est totalement inefficace (faute à la corruption et au manque de moyens face à l'ampleur des
dégâts).
Si l'essai se lit vite et bien, le lecteur est en droit de se poser des questions sur le niveau de véracité des écrits de l'auteur. Certains sont indubitablement faux
(l'histoire de Moïse, par exemple), d'autres sont mis en cause par les historiens (par exemple
Tracy Melton, en 2005, déclare que le gang des Plug Uglies ne se trouvait pas
à New-York mais à Baltimore). D'autres faits, enfin, doivent être purement et simplement exagérés, soit par licence poétique, soit par les gangs qui
ont transformés certains faits en véritables légendes urbaines.
Ce n'est d'ailleurs par le premier récit d'
Herbert Asbury accusé de ne pas respecter la vérité
historique, l'auteur cherchant avant tout à vendre du papier, se rapprochant ainsi quelque peu des brigands de son
Gangs of New-York. Tout au long de sa carrière, il lui
fut reproché de ne jamais citer ses sources, ni d'ailleurs de la vérifier. Résultat, le lecteur ne sait plus quoi croire, et par prudence, ne doit de ne pas croire un
mot de son livre. Résultat, un livre qui ne présente plus d'intérêt, puisque le lecteur ne peut rien en tirer.
Seul
Martin Scorsese a su en faire quelque chose:
un film.
Témoignage non pas du banditisme new-yorkais au XIXème siècle mais plutôt de la roublardise d'un auteur de la première moitié du XXème
siècle,
Gangs of New-York est en cela très utile pour comprendre en partie les années 20. On retrouve d'ailleurs des idées typiques de cette époque
telle que le racisme (n'oublions pas que de part le monde occidental, le racisme était omniprésent), la péniaphobie (peur des pauvres), la xénophobie, ainsi que
l'idée typique (et totalement erronée) de cette entre-deux-guerres que la société américaine, en gagnant la première guerre mondiale, avait mis
les gens à l'abri de la corruption, de la pauvreté et bien entendu des gangsters.