
Lorsque
George RR Martin se lance dans la rédaction de la saga du Trône de
fer, il a déjà derrière lui une carrière déjà longue, et la reconnaissance de ses pairs. Mais sa nouvelle
saga va réellement transformer sa carrière, sons cycle ayant maintes fois été récompensé par les prix les
plus prestigieux de la littérature fantastique américaine (le
Trône de fer a ainsi reçu le prix
Locus du meilleur
roman de fantasy en 1997). Il faut dire que l'auteur a su éviter les écueils contre lesquels ses confrères ont souvent bloqués
dans le monde de la fantasy, à savoir des mondes trop convenus, et surtout des personnages caricaturaux, que ce soit du coté des
héros ou du coté des méchants. N'est pas
Tolkien qui veut! Il faut dire que bon nombre d'auteurs actuels de fantasy
ont un passé de rôlistes, et pour beaucoup il est très dur de sortir du carcan des archétypes inhérents au Jeu de
rôles (guerrier, voleur, magicien, prêtre, ...).
Même si le monde présenté par l'auteur dans ce roman est de la pure fantasy (monde peuplé de créatures
étranges et fantastiques, comme des dragons par exemple),
George RR Martin s'est
avant tout penché sur les hommes, et leur rapport au pouvoir, tous les événements tournant autour du pouvoir
représenté par ce fameux Trône de Fer, symbole de la monarchie. Ceux qui ne l'ont pas complotent pour le posséder (ou le
récupérer), ceux qui l'ont trament pour le garder. La limite entre les gentils et les méchants n'est, à une ou deux exceptions
près, jamais évidente, et c'est bien là où se trouve la grande force de ce roman. En effet, de part la multiplication
des personnages de point de vue, la scène d'ensemble apparait miraculeusement plus complexe et réaliste.
Cependant, cette force est aussi d'un certain point de vue le principal défaut du roman, la multiplication des personnages, principaux et
secondaires, entraîne une complexité à s'impliquer émotionnellement dans le roman, les "héros" étant
très (trop) nombreux. Il est aussi assez difficile de mémoriser tous les noms des personnages, et leur affiliation les uns par rapport
aux autres, et ce même si le roman propose une rapide présentation des principales lignées en lice pour le pouvoir. Cependant, la
force de la multiplication des points de vue (déjà évoquée précédemment) présente un autre avantage
évident en termes de narration et de suspens: se débarrasser d'un personnage de point de vue est possible, pratiquement à tout
moment, personne n'étant à l'abri. De ce point de vue là, il est très intéressant de comparer la saga de
George RR Martin à l'autre longue épopée de fantasy, la saga
de l'
Assassin royal de
Robin Hobb; en effet dans le cas des aventures de Fitz
Chevalerie Loinvoyant, l'histoire est racontée par le bâtard royal en personne, impliquant forcément qu'il se sort de toutes les
situations (et ce même s'il lui arrive tout et son contraire), ainsi qu'une vision évidemment tronquée, voir manichéenne des
événements. On voit clairement que les traitements entre les deux histoires sont diamétralement opposés, alors que le
plaisir du lecteur lui, est toujours là.
Les deux auteurs ont cependant un point commun: Au vu de la longueur de leur cycle, ils n'ont pas peur, ni l'un ni l'autre, de livrer un tome entier
d'introduction, où les intrigues se créent, où les liens entre les caractères se nouent et se dénouent, et
où finalement il n'y a que peu ou prou d'action, au contraire des habitudes de ce genre de littérature. Mais c'est bien là la
différence entre les grands noms de la fantasy et les autres.
A noter que le découpage français ne correspond pas à celui de l'édition originelle, le premier roman du cycle ayant
été scindé en deux (
le trône de fer et
Le donjon rouge),
et ce pour des raisons purement éditoriales et lucratives, même si le roman s'y prête plutôt bien.
Cette saga reste à ce jour la plus connue de l'auteur, certains voyant même ce cycle comme l'un des tous meilleurs jamais écrits
dans le cadre de la fantasy.