
Premier roman d'une jeune auteur, ce livre est une réelle réussite, réussissant, sur un thème
surexploité, à faire preuve non seulement d'originalité, mais aussi d'un réel talent de conteur.
La lecture de ce premier tome est captivante, le roman se dévorant à toute vitesse, et ce malgré
quelques légers défaut, mineurs cependant. En effet, l'histoire est racontée par une femme, dont le
nom n'est pas cité dans le roman, soit dit en passant, mais où on reconnaît bien l'auteur, ou en tout cas
une image fantasmée d'elle-même, qui cite son père lui racontant son histoire, lui-même racontant
une histoire lui ayant été narré, en tout cas dans la première partie ru roman. Le personnage de point de vue
est donc ainsi quelque peu flou, mais l'histoire est racontée de façon assez limpide pour que l'on arrive
à y croire et à accrocher. Ce petit défaut de style disparaît dans la seconde partie, où l'on
retombe dans un fonctionnement plus classique, l'histoire se partageant entre la description des événements
arrivant à l'héroïne, et la lecture des lettres retraçant l'histoire passée du père de
celle-ci, reprenant ainsi le style épistolaire du roman de
Bram Stoker,
Dracula, dont l'évident
hommage mérite à peine d'être signalé, tant le roman est intimement lié à l'oeuvre
de l'auteur irlandais, sorti en 1897, sans pour autant jamais le plagier, ce que nombre d'auteurs ont fait avant elle.
On peut regretter la présence de hasard un peu trop heureux (ou malheureux) dans le roman, en particulier la rencontre
entre le père de l'héroïne et d'Helen ou encore de ces deux mêmes protagonistes avec le spécialiste turc
du mythe des vampires, le professeur Bora, ce qui a tendance à faire prendre conscience au lecteur des ficelles
utilisées par l'auteur pour arriver à ses fins. On a de plus l'impression, par moment, et ce en particulier au
début du roman, d'assister à une visite d'Epinal des diffèrents pays et locations d'Europe, même
si l'on comprend que tous ces lieux auront une importance pour la suite du récit. Cela semble par moment, là encore,
un peu forcé. Mais pour un premier roman, cela reste, encore une fois, une réussite exemplaire, réussite
qui sera d'ailleurs récompensée par un succès en libraire, et ce à travers le monde, ainsi que par
l'intérêt que lui a porté Hollywood dès sa sortie.
Cela reste cependant mineur, le plaisir est bel et bien présent et constant tout le long de la lecture du roman.
La grande force d'
Elizabeth Kostova est de réussir,
pratiquement tout le long de ce premier tome, à faire douter le lecteur sur l'existence ou pas des vampires, le
mystère restant total pendant les 400 premières pages du roman, même si les protagonistes sont eux
persuadés de l'existence des créatures mortes vivantes.
On retrouve dans ce roman le même fonctionnement que dans les romans de
Dan Brown, et en particulier dans son
mondialement connu
Da Vinci Code, c'est à dire des chapitres courts, très rythmés, et toujours
ponctués par un cliffhanger ou une révélation, les histoires (ici passées et présentes)
se chevauchant, poussant toujours le lecteur à lire de suite le chapitre suivant. Ce fonctionnement a fait ses preuves
mais demande à l'auteur une rigueur et une maîtrise totale de son sujet; c'est ici le cas, l'addiction est totale
dès les premières pages.
Ce roman est fortement conseillé à tous les amateurs de fantastique, de suspens, ainsi qu'évidemment
à tous les fans d'histoires de vampires, l'apport féminin (de par l'auteur et de par le point de vue du
personnage principal) et historique étant véritablement les bienvenus dans un genre souvent trop convenu.
Heureusement que
la suite est sortie au même
moment que le premier tome, il n'y aura pas d'attente insoutenable entre la lecture des deux volumes.