
Sous la direction de l'essayiste
Jean-Philippe de Tonnac le scénariste et écrivain
Jean-Claude Carrière et
le sémioticien et romancier
Umberto Eco de prêtent au jeu des questions-réponses, dix ans après
Entretiens sur la fin des temps, sur le thème de l'An 2000. Cette fois-ci, c'est à propos du livre que les deux intellectuels, tous deux amoureux du support papier, confrontent
leurs idées sur le sujet. Quoiqu'il ne soit nullement question de confrontation, les deux hommes ayant peu ou prou les mêmes positions sur le sujet. Leur érudition et leurs
expériences personnelles permettent cependant de ne jamais s'ennuyer à la lecture de cet essai. L'intelligence des interviewés est de ne jamais opposer livres et nouvelles
technologies, l'Histoire (y compris celle de ce nouvelles technologies) ayant prouvé qu'il était bien difficile de supplanter le support livre.
Plus que cela, les deux hommes nous montrent la place du livre dans la culture, et la place de cette dernière dans l'Histoire, et ce d'une façon assez originale et surtout
éclairante sur le mode de fonctionnement de l'esprit humain: entre oubli, destruction ou tout simplement changement de mode ou de goûts, les connaissances véhiculées par les
livres peuvent se perdre ou revenir au galop en fonction de phénomènes qu'il est difficile de prévoir. Par exemple, si aujourd'hui le Moyen-âge a une image de période
sombre de l'Histoire occidentale, cela est en très grande partie du à la Renaissance qui a sapé l'image de la période précédente, quitte à mentir ou
pire, à détruire des documents allant à l'encontre de la propagande voulue. Et les religions d'avoir fait bien pire tout au long de l'Histoire: si bien sur tout le monde a en
tête la destruction des Bouddhas en Afghanistan, nul ne devrait oublier (et en particulier les catholiques) la systématique destruction de toute preuve des cultures maya et incas en
Amérique par l'Eglise, l'Inquisition et ses effets dévastateurs sur la culture, espagnole avant tout, mais européenne dans son ensemble, etc...
S'il ne faut se souvenir que d'une chose de cet entretien, c'est que l'Histoire ne s'est pas déroulé tel que nous le raconte les livres, à quelques exceptions prêts, ceux-ci
n'étant que les "survivants" d'un holocauste culturel qui dure depuis l'invention de l'écriture, ne correspondant qu'au courant officiel de son temps, et aucunement à la
réalité historique. Et ce fait est d'autant plus vrai lorsqu'il touche de prêt ou de loin à la religion.
L'amour des deux hommes pour le livre est évident, et le parallèle entre
Umberto Eco et Guillaume de Baskerville, le héros
de son
nom de la rose n'a jamais été aussi clair. L'homme n'en paraît que plus humain et passionnant, car
passionné.