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Les Limites de l'interprétation



 
Les Limites de l'interprétation, au Livre de Poche

Auteur

Umberto Eco

 

Genre

Essai
 

Année de sortie

1990
 

Résumé

Umberto Eco s'attache à mettre la littérature à la question. Analyses jubilatoires et réflexions allègres pour revisiter Dante, Leopardi, Keats, mais aussi Fulcanelli, Joyce, Voltaire, Hugo ou Paracelse. Comme toujours, chaque page est une fête de l'érudition, un condensé de désinvolture savante. Mais il y a aussi, jamais négligée, l'empreinte du sémioticien subtil, camouflé dans l'habit du mécanicien des mots et des langues. Et des questions sont alors posées, dont peu à peu Eco dessine les réponses. Qu'est-ce qui distingue "utilisation" et "interprétation" d'un texte ? A quoi reconnaît-on qu'une interprétation est juste ou erronée ? Que penser des théoriciens qui "déconstruisent" le discours ? La sémiotique peut-elle se pervertir, dévier de sa route et tomber dans l'excès ? etc.
Tantôt ironique, tantôt sérieux, Umberto Eco offre en fait d'extraordinaires leçons. Les Limites de l'interprétation : un "art de lire" à l'usage des derniers explorateurs de la galaxie Gutenberg.


 

 


 

Avis

Note :
 
Les Limites de l'interprétation, chez Grasset Est-il possible d'aborder un texte de façon absolument objective? Telle peut être la question centrale de ce livre. En effet, chaque lecteur (mais ce principe s'applique à tous les modes de diffusion de messages, que ce soit le livre, la peinture, la télévision, ....) arrive avec un vécu, une expérience, une compréhension du monde qui lui est propre (qu'il soit culturel, historique, ou bien tout autre), et qu'il va confronter au texte et à l'univers de l'auteur. Car, nous rappelle Eco, ce que nous dit un texte n'est pas forcément ce que veut nous dire l'auteur. Et bien sur, ce que comprend un lecteur n'est pas forcément ce que voulait dire un auteur. Ainsi, même sur des textes simples, il sera aisé de vérifier que deux lecteurs auront sans aucun doute deux lectures différentes, et donc deux compréhensions et analyses différentes. Et plus le texte sera ardu, plus cet écart entre message donné et message reçu sera grand, soit parce que le texte est en soi complexe (ex Finnegans Wake de Joyce), soit parce que le temps a brouillé les pistes (ex la Poétique d'Aristote), soit pour les deux raisons (la Divine Comédie de Dante).
L'influence d'une époque, aussi bien pour le lecteur que pour l'auteur, aura un impact sur une œuvre, quelque qu'elle soit, apparaissant finalement comme évoluant au fil du temps. Ainsi, si les mots ne changent pas, leur sens peut évoluer dans le temps, venant changer la compréhension d'un auteur. Eco, faisant preuve d'une érudition toujours aussi éblouissante, prend l'exemple du mot authentique, aujourd'hui plus ou moins équivalent à véridique, signifiait, au Moyen-âge, conforme à la coutume. Résultat, de nombreux écrits furent modifié (par des moines notamment), effaçant ou remplaçant les passages gênants, ceci en toute bonne fois, pour les rendre plus cohérents, et donc authentiques.
Interpréter un texte est donc un acte finalement bien plus ardu qu'il ne peut sembler à premier abord, et ce même si Eco, en bon sémioticien, nous explique que toute interprétation ou presque est bonne, si ce n'est juste. Il nuancera cette idée en expliquant qu'il est plus facile de détecter de mauvaises interprétations que de bonnes. Et ce décodage de messages est encore plus compliqué sur les textes ésotériques ou religieux, tous deux conçus (ou en tout cas reçus) de la même façon. Il s'agit en effet dans les deux cas de messages codés (paraboles, métaphores, symbolisme, ...) dont la clé nécessaire au décodage est bien souvent perdue. D'ailleurs Umberto Eco, en spécialiste de la question, dénonce les fonctionnements pour le moins douteux d'un point de vue intellectuel et sémiotique de l'hermétisme, et plus particulièrement l'alchimie et les théories du complot, le premier étant un parfait exemple du symbolisme à l'excès masquant un vide absolu, le second l'inverse, à savoir une surinterprétation d'une information minimale.
Les Limites de l'interprétation revient aussi de façon très détaillée sur le faux et la contrefaçon, expliquant en détail toutes les formes existantes de faux, et leur impact d'un point de vue interprétatif. Un exposé passionnant éclairant le mode de fonctionnement de la pensée humaine et, au final, relativisant énormément la notion de faux (une traduction est ainsi par exemple éclairant de faux, puisque ne représentant pas par définition l'écrit d'origine, mais pourtant, il ne peut pas être à priori considéré comme malveillant vis à vis de l'œuvre originale), certains faux ayant au final plus de valeur que l'original (comme par exemple dans le cas des timbres présentant des défauts, et s'arrachant par les collectionneurs à de prix dépassant de beaucoup le prix du timbre originel).
Umberto Eco en vient ainsi à aborder l'univers de fiction, faux manifeste du monde réel, mais absolument nécessaire à la construction d'un récit, et ce qu'elle que soit le type de récit, de la science-fiction au récit histoire. Et l'auteur d'en profiter pour nous plonger dans les plus profonds mécanismes de décodage sémiotiques et informatifs, un lecteur sachant toujours distinguer le réel (le vrai monde) du monde de fiction, et même différencier au sein de ce monde fictif, la réalité présentée par l'auteur de, disons, un mensonge proféré par un protagoniste.
Umberto Eco finit son livre par un cours magistral de sémiotique (peut-être la seule partie véritablement ardue, le reste se lisant facilement, y compris par des lecteurs n'ayant aucune notion du sujet), où le mode de construction/déconstruction de la pensée est analysés, avec à l'appui des phrases types ("Jean est retourné à New-York"), bien moins simples qu'il n'y parait au premier abord. Pointu mais passionnant.
 
Si les limites de l'interprétation se penche en grande partie sur le vecteur livre, il n'en oublie pas les autres modes de diffusions d'informations, et rend ce film d'un intérêt qui dépasse le cadre des universitaires et autres experts en sémiologie, pour s'ouvrir à tout le monde. Cet essai est une fenêtre ouverte sur le monde infini de la compréhension du fonctionnement de la pensée humaine.

 

 


 
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