Sujet difficile s'il en est: les origines de la pauvreté (et de la misère) et les solutions pour remédier
à cet état de fait. L'auteur,
Majid Rahnema,
personnage brillant à la carrière exemplaire, se basant sans doute un peu trop sur sa culture et ses origines,
ethniques, politiques et surtout religieuses, en ressort un discours, certes extrêmement juste dans une grande
majorité des cas, mais aussi énormément influencé dans ses conclusions. En effet, pour l'auteur, la
pauvreté est non seulement souhaitable pour l'être humain, ce qui est pour le moins discutable, mais aussi
désirée par un nombre considérable de personnes, comme si la société empêchait les gens
d'être pauvres, tout en les entraînant vers une misère qui elle, n'est bien entendu pas désirée.
Ce qui ressort de ce discours, c'est un premièrement antagonisme fort envers l'Occident, responsable de la misère
dans le monde (même si dans certains cas on ne peut nier l'apport néfaste des pays les plus industrialisés sur
les plus pauvres), et secondement une vue très influencée par la religion, essentiellement la religion musulmane,
dont
Majid Rahnema est membre, donnant par la même non
seulement des exemples "légendaires" de pauvres (le Christ, Mahomet), mais aussi une raison éthique de se tourner
vers la pauvreté comme solution au problème de la misère.
Il faut bien préciser que pour l'auteur, la pauvreté, c'est à dire le fait de ne posséder que le
minimum, en opposition à la misère, le fait de posséder moins que le minimum, si elle est commune à
tous, éviterait les problèmes inhérents à la nature humaine, jalousie, haine, désir de
s'étendre sur le domaine du voisin, guerre, etc.... C'est oublier, à mon avis, deux choses; La première, c'est
que cette mentalité est typiquement orientale est ne peut fonctionner dans une société occidentale,
beaucoup plus cartésienne et bien moins centrée sur le spirituel (à tort ou à raison, tel n'est pas
le propos ici), et secondement que de chercher à rendre les communautés autonomes les unes des autres entraîne
inévitablement une ségrégation des différentes communautés entre elles, avec toutes les
conséquences inévitables que cherche justement à éviter l'auteur.
Le passéisme est fortement présent dans le livre de
Majid Rahnema, même si l'auteur s'en défend à de nombreuses reprises, mais prôner un retour à
une situation passée souvent plus fantasmée que réelle n'est pas une solution en soit, bien que l'on puisse
en tirer de nombreuses conclusions pour l'avenir. Non seulement il est nécessaire de se poser la question, de façon
la plus impartiale possible, ce qui est très difficile, reconnaissons le, mais il est aussi urgent de d'agir, la situation
mondiale étant de pire en pire, et ce pour de très nombreuses raisons (la surpopulation galopante, les médias
de plus en plus présents, la société de consommation entraînant de plus en plus de frustration, et pas
seulement dans les classes sociales les moins aisées,...).
L'auteur, quoique extrêmement bien renseigné, est trop ancré dans une philosophie orientale, et plus
précisément dans une philosophie moyen-orientale, les préceptes religieux, du Coran essentiellement, étant trop
pris comme référence pour apporter une solution cartésienne à un problème non pas spirituel mais
bien matériel, la pauvreté d'"esprit" n'étant pas le vrai problème de nos jours.
Pour en revenir à ces sources, elles sont sans doute trop sacrées (Bible, Torah, Coran) pour être totalement
crédible dans son étude sur l'histoire de la pauvreté, il aurait fallu que l'auteur se penche bien plus sur
les oeuvres des historiens actuels et passés, les réponses aux questions qu'il se pose n'auraient pas étés
les mêmes. Son raisonnement en aurait forcément pris un coup.
Cet essai a au moins le courage de poser des questions qui fâchent, sur des sujets souvent vus de façon unique,
la discussion et la réflexion unilatérale, vu du coté des "miséreux" et des "riches", étant
le seul moyen de résoudre l'un des problèmes majeurs de notre société. Rien que pour l'ouverture
d'esprit, et pour la réflexion qu'elle entraîne forcément, que l'on soit d'accord avec les propos de
l'auteur ou non, la lecture de ce livre est fortement recommandée.