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Quand la misère chasse la pauvreté


 


 
Quand la misère chasse la pauvreté, chez Acte Sud, collection Babel

Auteur

Majid Rahnema

 

Genre

Essai
 

Année de sortie

2003
 

Résumé

La propagation généralisée de la misère et de l'indigence est un scandale social évidemment inadmissible, surtout dans des sociétés parfaitement à même de l'éviter, constate Majid Rahnema. Et la révolte viscérale qu'elle suscite en chacun de nous est tout à fait compréhensible et justifiée. Mais ce n'est pas en augmentant la puissance de la machine à créer des biens et des produits matériels que ce scandale prendra fin, car la machine mise en action à cet effet est la même qui fabrique systématiquement la misère. Il s'agit aujourd'hui de chercher à comprendre les raisons multiples et profondes du scandale. C'est cette recherche qui m'amène aujourd'hui à montrer combien une transformation radicale de nos modes de vie, notamment une réinvention de la pauvreté choisie, est désormais devenue la condition sine qua non de toute lutte sérieuse contre les nouvelles formes de production de la misère.


 

Avis

Note :
 
Sujet difficile s'il en est: les origines de la pauvreté (et de la misère) et les solutions pour remédier à cet état de fait. L'auteur, Majid Rahnema, personnage brillant à la carrière exemplaire, se basant sans doute un peu trop sur sa culture et ses origines, ethniques, politiques et surtout religieuses, en ressort un discours, certes extrêmement juste dans une grande majorité des cas, mais aussi énormément influencé dans ses conclusions. En effet, pour l'auteur, la pauvreté est non seulement souhaitable pour l'être humain, ce qui est pour le moins discutable, mais aussi désirée par un nombre considérable de personnes, comme si la société empêchait les gens d'être pauvres, tout en les entraînant vers une misère qui elle, n'est bien entendu pas désirée. Ce qui ressort de ce discours, c'est un premièrement antagonisme fort envers l'Occident, responsable de la misère dans le monde (même si dans certains cas on ne peut nier l'apport néfaste des pays les plus industrialisés sur les plus pauvres), et secondement une vue très influencée par la religion, essentiellement la religion musulmane, dont Majid Rahnema est membre, donnant par la même non seulement des exemples "légendaires" de pauvres (le Christ, Mahomet), mais aussi une raison éthique de se tourner vers la pauvreté comme solution au problème de la misère.
Il faut bien préciser que pour l'auteur, la pauvreté, c'est à dire le fait de ne posséder que le minimum, en opposition à la misère, le fait de posséder moins que le minimum, si elle est commune à tous, éviterait les problèmes inhérents à la nature humaine, jalousie, haine, désir de s'étendre sur le domaine du voisin, guerre, etc.... C'est oublier, à mon avis, deux choses; La première, c'est que cette mentalité est typiquement orientale est ne peut fonctionner dans une société occidentale, beaucoup plus cartésienne et bien moins centrée sur le spirituel (à tort ou à raison, tel n'est pas le propos ici), et secondement que de chercher à rendre les communautés autonomes les unes des autres entraîne inévitablement une ségrégation des différentes communautés entre elles, avec toutes les conséquences inévitables que cherche justement à éviter l'auteur.
Le passéisme est fortement présent dans le livre de Majid Rahnema, même si l'auteur s'en défend à de nombreuses reprises, mais prôner un retour à une situation passée souvent plus fantasmée que réelle n'est pas une solution en soit, bien que l'on puisse en tirer de nombreuses conclusions pour l'avenir. Non seulement il est nécessaire de se poser la question, de façon la plus impartiale possible, ce qui est très difficile, reconnaissons le, mais il est aussi urgent de d'agir, la situation mondiale étant de pire en pire, et ce pour de très nombreuses raisons (la surpopulation galopante, les médias de plus en plus présents, la société de consommation entraînant de plus en plus de frustration, et pas seulement dans les classes sociales les moins aisées,...).
L'auteur, quoique extrêmement bien renseigné, est trop ancré dans une philosophie orientale, et plus précisément dans une philosophie moyen-orientale, les préceptes religieux, du Coran essentiellement, étant trop pris comme référence pour apporter une solution cartésienne à un problème non pas spirituel mais bien matériel, la pauvreté d'"esprit" n'étant pas le vrai problème de nos jours.
Pour en revenir à ces sources, elles sont sans doute trop sacrées (Bible, Torah, Coran) pour être totalement crédible dans son étude sur l'histoire de la pauvreté, il aurait fallu que l'auteur se penche bien plus sur les oeuvres des historiens actuels et passés, les réponses aux questions qu'il se pose n'auraient pas étés les mêmes. Son raisonnement en aurait forcément pris un coup.

 
Cet essai a au moins le courage de poser des questions qui fâchent, sur des sujets souvent vus de façon unique, la discussion et la réflexion unilatérale, vu du coté des "miséreux" et des "riches", étant le seul moyen de résoudre l'un des problèmes majeurs de notre société. Rien que pour l'ouverture d'esprit, et pour la réflexion qu'elle entraîne forcément, que l'on soit d'accord avec les propos de l'auteur ou non, la lecture de ce livre est fortement recommandée.

 

 


 
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